Impossible de ne pas avoir encore vu les tomes de Death note placardés dans tous les rayons manga avec coups de cœur et grosse mise en place à l’appui. Mais pour une fois, on fait beaucoup de bruit pour quelque chose de bien !
Ryûk, dieu de la mort, s’ennuie ferme dans son monde. Il décide de laisser tomber son "death note" (cahier dans lequel il suffit d’écrire le nom de sa victime pour que celle-ci meure) chez les humains pour s’amuser un peu. Light, un adolescent aussi brillant que séduisant, le ramasse et comprend vite de quoi il s’agit. Il décide de s’en servir pour châtier les criminels et créer un monde plus juste dont il sera le nouveau dieu. Mettant tout de suite ses intentions en pratique, des dizaines et des dizaines de criminels meurent tout à coup d’une crise cardiaque, ce qui ne passe pas tout à fait inaperçu. Justice divine ou crimes d’un dément, les gens ne tardent pas à lui donner le surnom de Kira, le messie killer. Les autorités du monde entier, totalement dépassées par ces événements lancent L, leur meilleur mais mystérieux détective, aux trousses de ce fameux Kira.
Après avoir accepté l’existence de death notes et de dieux de la mort, on se laisse entraîner dans une guerre des nerfs assez jubilatoire. Le manga se présente en effet comme un vaste exercice de logique dans lequel Kira et L réfléchissent sans cesse à la manière de détruire l’autre. Les monologues se suivent mais l’histoire ne piétine pas pour autant, grâce à de nombreux rebondissements qui brouillent à chaque fois les pistes. Par ailleurs, Tsugumo Ohba a su éviter le piège du récit trop manichéen avec le gentil enquêteur contre le méchant tueur. L est prêt à tout pour arrêter Kira, même à perdre des hommes s’il le faut, mais sans jamais se mettre soi-même en danger. Kira est quant à lui persuadé de tuer pour la bonne cause, surtout les criminels multirécidivistes. La question de la peine de mort ressurgit donc avec son lot de questionnements et d’ambivalence. De plus, le responsable de police chargé de l’enquête n’est autre que le père de Kira, ce qui permet d’introduire dans le récit des réflexions sur l’honneur et la famille, valeurs fondamentales au Japon.
Pour contrebalancer le sérieux de ce manga (et avouons qu’il y en a parfois besoin), Tsugumo Ohba a heureusement donné à chacun de ses personnages une petite touche d’excentricité : Ryûk est accro aux pommes, L se tient comme un primate pour soi-disant mieux réfléchir et Light est un beau gosse digne d’un shojo, à cela près qu’il ne cesse d’utiliser les filles. Enfin, cerise sur le gâteau, le dessinateur de ce manga n’est autre que Takeshi Obata, que les lecteurs de la très bonne série Hikaru no go retrouveront avec plaisir.
Cette série tient donc parfaitement ses promesses, avec déjà six tomes parus. Sachant qu’il n’y en aura que douze au total, il y a de fortes chances pour que la qualité et la densité de l’histoire soient au rendez-vous jusqu’à la fin. La maison d’édition Kana a, en plus, particulièrement soigné les couvertures, avec vernis sélectif s’il vous plaît, sans pour autant gonfler ses prix. Bref, un manga pas si conventionnel que ça qui marie parfaitement les genres et peut séduire tous les types de public. Seul petit bémol : difficile de suivre si l’on n’est pas parfaitement concentré !
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