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Dans ce nouvel essai, Claude Ribbe se propose d’analyser l’irruption de la "question noire" sur les scènes politiques et médiatiques notamment. Le paradoxe provient de ce que l’auteur ne croit pas vraiment à l’existence de cette transformation sociale : il milite en effet pour un respect strict des principes républicains qui sont, en théorie, color-blindness (aveugles à la couleur comme disent les Américains). Conscient que la réalité offre un autre constat, Claude Ribbe dénonce finalement une tendance racialisante de la société française en tentant de répondre à des interrogations essentielles pour le devenir de notre République : Qu’est-ce qu’un Noir ? Peut-on effectivement parler de "communauté noire" ? Faut-il accorder aux Noirs un traitement spécifique pour contrebalancer les effets du racisme et des discriminations ?

Ces questions sont à ce point importantes qu’on ne peut que déplorer le ton outrancier de l’auteur. Il n’y a pas de doute que cela dessert son propos. Mais peut-être ne sait-il pas s’exprimer autrement ? Volonté de choquer ? Goût pour la provocation ? Il faut se rappeler de son Crime de Napoléon (Privé, 2005) qui avait défrayé la chronique. Et il est important de ne pas se tromper : ce n’est pas pour le rappel historique extrêmement salutaire que le livre est critiqué - Napoléon a rétabli l’esclavage en 1802 -, mais pour l’amalgame grossier et douteux entre l’Empereur et Hitler. Sur ce point, je me permets de renvoyer les lecteurs du Littéraire à l’ouvrage qu’Alexis Rosenbaum et moi avons récemment publié, Mémoires vives. Pourquoi les communautés instrumentalisent l’Histoire (Bourin, 2007) qui démonte la mécanique de cette généalogie dénuée de véritable fondement et pour le moins anachronique. Claude Ribbe raconte d’ailleurs par le menu dans Les Négres de la République cette période de remise en cause par les grands historiens comme Pierre Nora. Il le fait avec une certaine mauvaise foi, en ne retenant que sa vision des choses, en ne s’arrêtant que sur ce qui sert sa démonstration et en occultant le reste.

Cette "technique" partiale de démonstration est aussi utilisée autour d’autres événements. Par exemple, la reprise des propos maladroits d’Alain Finkielkraut permet de le condamner et de le qualifier de raciste. Ni plus, ni moins ! Alain Finkielkraut serait un raciste ! Et que faire de toutes ses explications, de toute sa pensée, voire de ses excuses... Sans aucun doute le philosophe ne tient-il pas assez compte des facteurs sociologiques pour expliquer les émeutes de novembre 2005 et peut-être recourt-il de manière trop systématique à l’explication ethnique, mais cela fait-il de lui un raciste ?

On sent également que dans son argumentation, Claude Ribbe pratique le "deux-poids-deux-mesures" qu’il dénonce chez ses adversaires : c’est ainsi que la présomption d’innocence est invoquée pour Youssouf Fofana, dans le cadre de l’affaire Ilan Halimi, mais que celle-ci est étrangement absente au moment d’évoquer l’interpellation plus que musclée par la police de la championne Eunice Barber...
Il reste que ce livre est une pièce à verser dans ce débat qui ne cesse de se nouer autour de ce qu’il est désormais convenu d’appeler les "minorités visibles". On peut le lire pour cela...



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Eric Keslassy, le 8 octobre 2007 - article3091.html
Claude Ribbe, Les Nègres de la République, éditions Alphée, mars 2007, 171 p. - 17,90 €.
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