Comme la pièce ouvrait le 56e Festival des jeux du théâtre de Sarlat, elle ouvre la saison 2007/2008 du Théâtre 14. Installée dans ce théâtre situé aux marches de Paris jusqu’au 27 octobre, elle apporte à l’automne naissant un savoureux coup d’humour plein de peps, d’autant plus savoureux qu’il y a une profonde dimension satirique à goûter, que l’adaptation n’éteint pas - au contraire : elle la valorise. Pour savoir de quoi il retourne, et ce qui donne au spectacle tout son attrait, un petit retour vers Sarlat suffira. L’on se bornera ici à vous recommander d’aller le voir sans tarder. Mais comme il est difficile de ne pas se répéter quand on aime, encore quelques mots pour dire ce qui est particulièrement délectable, outre le texte de Sartre, le jeu hyper tonique des comédiens, la mise en scène inventive et pleine de respect... etc.
Ainsi la "couleur d’époque" - les années 50 - a-t-elle été soigneusement conservée, dans les décors et les costumes bien évidemment mais surtout dans les propos et références : le metteur en scène a fort judicieusement évité de succomber à la tentation - que doit pourtant attiser le fond politique de l’intrigue - de plaquer une contemporanéité tout artificielle sur un texte nettement inscrit dans un environnement daté, celui de la Guerre froide. Mais justement : cela souligne tout ce qui demeure intemporel par-delà les variations purement contextuelles imposées par l’Histoire, à savoir la propension aux magouilles qui caractérise certaine presse et certains acteurs du milieu politique. De fait, la drôlerie souvent acerbe, voire cynique, émanant des répliques est restée intacte ; la vivacité du jeu des comédiens, la mise en scène sans temps mort et les coupes opérées dans le texte la renforcent et accentuent la portée comique de la pièce.
L’on notera aussi qu’en passant de l’espace ouvert du Jardin des Enfeus à la scène fermée du Théâtre 14 - fermée et plus petite - la pièce gagne une atmosphère plus intimiste, et que les décors escamotables si bien conçus par Amélie Tribout s’adaptent merveilleusement à l’une comme à l’autre scène.
Que l’on s’attarde sur le fond strictement politique à entendre sous la satire vigoureuse, sur la dimension ontologique des réflexions de Valera - le "soi" construit par le regard d’autrui - ou bien que l’on s’abandonne au seul plaisir de la pétulance des reparties et du rythme swingué du spectacle, toutes les perceptions sont possibles. L’éventail est large ; c’est bien le moins qu’une pièce écrite par un philosophe ayant tant réfléchi à la question de la liberté et dont l’empreinte intellectuelle est restée vive en appelle autant au libre choix du spectateur - d’autant que cette vaste palette de lecture est favorisée par l’adaptation respectueuse et la mise en scène intelligente de Jean-Paul Tribout !
Quoi qu’il en soit, l’on assiste à un excellent moment de théâtre, qui met l’humeur au diapason de l’été indien qui s’annonce et permet d’oublier un peu la rentrée, que d’aucuns qualifient déjà de "morose et agitée" - comme toutes les rentrées, du reste...
Nekrassov
Mise en scène :
Jean-Paul Tribout, assisté de Xavier Simonin
Avec :
Catherine Chevalier, Henri Courseaux, Emmanuel Dechartre, Jacques Fontanel, Marie-Christine Letort, Laurent Richard, Xavier Simonin, Jean-Paul Tribout, Éric Verdin
Création lumière :
Philippe Lacombe
Décor et accessoires :
Amélie Tribout
Costumes :
Aurore Popineau
Durée du spectacle :
1h55
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