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La vitalité actuelle du cinéma d’origine israélienne est remarquable. Rien d’étonnant à cela ; toute société a les films qu’elle mérite et Avanim est la preuve brillante que la société israélienne est un sujet de premier choix pour le cinéma. Ce film, explorateur social et humain, a trouvé une pépite : une femme, Michale. Elle est portée à l’écran par Asi Levi, merveilleuse de justesse et de retenue. Belle, tendue, au bord de la crise, elle incarne toutes les tensions à l’œuvre dans la société israélienne. Habitante d’un quartier populaire séfarade de Tel-Aviv, Hativka ("Espoir"), loin des tours et de la plage, elle partage son quotidien entre quatre hommes : son amant, son mari, son fils et son père, qui est aussi son patron. Débordée, toujours en retard : c’est une femme moderne qui doit aussi jouer son rôle de femme au foyer et préparer, organiser les repas de Sabbat. Débordée, dépassée et pourtant si lasse. On pense à Emma Bovary, tant son ennui est profond. Elle rechigne, mais laisse son père, patron d’un cabinet comptable, sous l’influence d’un rabbin d’une école talmudique, falsifier des comptes et déclarer de faux élèves afin que l’école reçoive davantage de subventions. Troublée par la mort tragique de son amant, Michale craque le jour où la nouvelle école est inaugurée en l’honneur de sa mère.

Raphaël Nadjari, le réalisateur et scénariste, est obsédé par cette femme, il cherche à la comprendre. Quand il la filme, sa mise en scène est dure, brutale, sans complaisance - à son image. La caméra la suit, la presse, en plans rapprochés, jusqu’à ce qu’elle cède. Pour elle, il est Cassavetes ; pour les autres, les groupes, il tourne comme pour Strip-Tease. Et les deux approches se complètent et se nourrissent, s’harmonisent dans la violence. Le réalisateur français, passé par New York, et installé aujourd’hui pour partie à Tel-Aviv, parvient ainsi à mêler une perception de sentiments très intimes avec une description froide, quasi analytique des groupes humains.

Laissons le jeune orfèvre présenter son bijou : 
En hébreu, Avanim signifie "pierres". Ce pays est rempli de pierres, toutes symboliques. (...) Elles peuvent servir pour détruire, mais elles peuvent aussi bien servir pour construire, pour bâtir. (...) J’ai essayé dans ce film de dépasser l’image politisée de la religion en Israël, pour toucher à l’identitaire.

Il y a quelque chose de fondamental et d’irréductible dans ce film. Ce qui fait qu’il est récupérable par tous, les religieux et les athées, laïques ou fondamentalistes, "pro" ou "anti". Il suffit de naviguer un peu sur internet pour s’apercevoir que tout le monde a déjà appliqué sa propre grille de lecture au film.

Il est une pierre du débat : Israël est un pays qui doute, qui n’a pas assuré son identité, il a comme une identité en réserve. C’est une question de limites morales et concrètes. Un individu peut-il intérioriser des règles dans un État sans frontières ? Une population sans frontières fixes fait venir des gens du monde entier et se sépare physiquement de ses voisins. C’est une société fragmentée mais elle porte les débats de manière ouverte : la cour suprême vient ainsi d’obliger l’armée à revoir une portion du mur de séparation et dans le film, Michale dénonce à la justice son père qui s’est laissé embrigader par des religieux. Le droit, dans un État, fixe les limites et permet le "vivre-ensemble". C’est une question de projection ; la religion occupe dans cette quête identitaire une place fondamentale. Une société se projette et s’observe. Il y a un attentat dans le film, il est l’élément déclencheur mais il demeure non filmé, non montré, non expliqué, hors champ. Et c’est un hors-champ normal, évident, logique, occultant ce que la société israélienne ne peut pas voir. Cet aveuglement, ou plutôt ce hors-champ est la condition a minima de son existence, ô combien complexe.

Bien sûr, il y a cette dimension sacrificielle, celle de l’Ancien testament, talmudique fondatrice, libératrice, juive, chrétienne, musulmane. Mais Michale est là, sur l’écran, elle existe, aujourd’hui. Assurément, c’est un film important.

Avanim
Réalisateur :
Raphaël Nadjari
Distribution :
Asi Levi, Uri Gabriel, Florence Bloch, Shaul Mizrahi, Danny Steg.
Compléments :
*Shooting Avanim : Un journal du tournage
*Film-annonce original
*Bio & Filmographie de Raphaël Nadjari
Durée :
110 mn.



Il y a 4395 signes dans cet article.
Camille Aranyossy, le 12 septembre 2007 - article3063.html
Raphaël Nadjari, Avanim, film franco-israélien (2004), DVD PAL zone 2 - Format 16/9e compatible 4/3 - VOST - Coédition Sophie Dulac Distribution / Editions Montparnasse, août 2007 - 13,00 €.
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