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Arts croisés
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Annie Bascoul se plaît à évoquer dans ses œuvres des motifs de légendes où elle met comme un sourire de printemps, des décors d’églogues peuplées d’ancolies1 douces et languides, de robes plus aériennes que terrestres. Semblable à une pâle tubéreuse avec ses yeux d’un bleu fascinant et ses cheveux plus légers qu’un souffle, l’artiste échafaude des rêves d’or et de satin de ses doigts frêles. Hantée par de mystérieuses correspondances, elle s’ingénie à enclore sa luxuriante imagination en des figures suavement subtiles à l’instar des personnages de Watteau2. Les heures s’écoulent éthérées, estompées, matinales, liliales et sensuelles sur L’Embarquement pour Cythère et sa minutieuse amertume d’azur là-bas, vers l’île réelle et rêvée...

C’est l’œuvre multiple et ténue d’un lutin qu’un talisman ressusciterait parmi les pâles élégances de tableaux oniriques où de blondes harmonies sommeillent en des candeurs savantes, où la grâce des volutes fait concurrence au papillon qui voltige. Les yeux clairs de l’imagière reflètent les suaves costumes et les parcs amoureux, les atours évanescents qu’un souffle ferait s’évanouir. Comme elle est industrieuse la petite fée ! elle invente, elle brode, elle entrelace ses fabliaux galants et son sens décoratif excelle dans ses robes ou ses ciels de lit qui s’efflorent en armatures chimériques. Transfigurant d’instinct la divine volupté de la vie en d’immortelles Jocondes, en passantes exquises, c’est une véritable artiste, une voyante, une exploratrice de gestes rares. Elle maçonne, elle enchevêtre de minuscules édifices fantasques et précieux. En cela, elle est servie par un génie décoratif très complet. Il y a en elle de l’orfèvre, du joaillier, de l’émailleur. Dotée du sens inné de la grâce qui lui fait trouver les plus belles antithèses, les plus opulentes exhibitions, les ragoûts les plus savoureux de tout ce qui chatoie, se déploie, ruisselle et jaillit, elle a inauguré une facture bien à elle qui sert exactement ses desseins.

Par-dessus les armatures d’une justesse impeccable, elle fait pleuvoir un semis de traits minuscules et aussitôt tout vibre comme sous une averse de lumière. Et cette complexité de forme et de conception engendre un art coquet et léger, voilé par une brume de mélancolie. Exploitant le motif des comparaisons suggestives, des surprenantes synesthésies, elle crée des symphonies de tons immaculés comparables à des gemmes - cette blancheur qui nimbe le Gilles de Watteau seul, avec le deuil de tant de choses envolées, d’amours inaccomplies, dans la poignante mélancolie d’une existence manquée.


De corail et de santal

Annie Bascoul est l’artiste exquise qui, dans ses livres frêles, des livres sur les jardins et pour le plaisir3, mêle des douceurs de chairs frissonnantes de bégonias à de blanches et blondes figures qui ont la souplesse et la beauté des rêves d’amour réalisés, des fièvres de désir s’élargissant à l’infini. Tout cela relève d’une vision très personnelle, dans une facture singulière et très heureusement appropriée aux contrées de rêve et aux fleurs de songe, inconnues, fabuleuses écloses dans des jardins de neige et d’or, dressant leurs têtes étranges d’ivoire et d’oliphant vers des cieux emplumés. La nature, cette artiste bergère4 la voit pleine de grâce et de séductions, un vague parfum d’ingénuité flottant autour de vaches exaltées qui se transforment en filles et en fleurs près de baignoires dorées où flottent de calmes parfums auvergnats.

Préoccupée d’une tâche mystérieuse, parmi les mille détails de ses fantaisies et de ses rêves, Annie Bascoul semble se dire tout bas comme l’Ariel du Songe d’une nuit d’été : 
Il faut qu’avant l’aube, je suspende une perle à l’oreille de chaque primevère.


NOTES

1 - Cf. Philippe Piguet & Itzhak Goldberg, Annie Bascoul, catalogue de l’exposition Annie Bascoul : une autre histoire naturelle au Centre Nicolas Pomel, Issoire, 23 mars / 16 avril 2000.
2 - Cf. Gilbert Lascault, Annie Bascoul "En Watteau", catalogue de l’exposition du musée Bargoin de Clermont-Ferrant, du 3 février au 25 mars 2007, Clermont-Ferrant, Un, Deux... Quatre Éditions, 2007.
3 - Commentaire d’Annie Bascoul reproduit dans Christophe Comentale, Annie Bascoul, catalogue de l’exposition Tomber dans les bégonias de La Maison du Parc de Montgroux, du 5 au 20 mars 2003, à Cébazat, Clermont-Ferrant, Un, Deux... Quatre Éditions, 2003, p. 6.
4 - Sophie Biass-Fabiani, "Préface", Au bord du paysage, catalogue de l’exposition d’art contemporain en plein air du 30 juin au 15 septembre 2002 à Farges, sur la commune de Saint-Nectaire, Clermont-Ferrant, Un, Deux... Quatre Éditions, 2002, n. p.
 

Visitez, par ici, le site de l’artiste. 



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Delphine Durand, le 4 septembre 2007 - article3059.html
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