Des dernières pièces du grand maître, Aux deux colombes est un petit joyau d’humour et de finesse caustique. Mari assez libéral et débonnaire, Jean-Pierre s’entend annoncer au téléphone par une inconnue une nouvelle qui l’inquiète - il aura une surprise, mais la nouvelle ne l’inquiète pas plus que cela : la voix était ravissante qui lui annonçait, à l’accent roulant pouvant être russe, peut-être, ce qui n’est pas des moindres effets. La surprise est de taille, toutefois : Marie-Jeanne, sa première femme qu’il croyait morte il y a plus de vingt ans dans un incendie en Amérique du sud, est vivante, de retour, et ne se doute pas qu’il s’est remarié... et encore moins à Marie-Thérèse, sa propre sœur !
Guitry, le vaudeville, et les femmes : une rencontre toujours légère et pleine de bonne humeur douce, où sans cesse le drame pourrait naître, l’esclandre, mais ne souffle dans ces appartements bourgeois -où la morale se voit écornée par le stupre des uns et l’amour irrésistible de l’argent des autres- que la brise d’un gaieté molle, un peu décadente, voire cynique de la part d’un mari manipulateur d’amour et de mots, enclin à couver son plaisir. Comme d’habitude, la pièce est truffée de bons mots - dont un notamment résume l’esprit sucré et acide de l’anecdote "une femme, d’abord on l’a dans ses bras, puis sur les bras, puis sur le dos"... Cependant, une atmosphère quelque peu délétère flotte dans cette atmosphère d’évanouissement, de vieillerie bourgeoise, de liberté improbable, où les êtres ne sont soucieux et conséquents que dans la seule inconstance de leurs passions. D’où un jeu assez sobre de l’acteur principal et metteur en scène, dont le terne est de rigueur, lié à une certaine ambiance de fin de règne, de détachement de la part du maître Guitry à la gloire flêtrie par les soupçons qui ont pesé sur ses affaires lors de l’Occupation.
Si l’on attendait un peu d’innovations tant dans le jeu que la mise en scène, qui sont somme toute assez classiques, on ne boudera pas son plaisir devant des acteurs savoureux, dont un Jean-Laurent Cochet radieux en bourgeois suave et machiavélique envers les différentes femmes de ses vies !
Aux deux colombes
Mise en scène :
Jean-Laurent Cochet, assisté d’Antoine Adrange
Avec :
Jean-Laurent Cochet, Catherine Griffoni, Anne-Marie Mailfer, Paule Noëlle, Virginie Pradal
Voir ici le site de Jean-Laurent Cochet
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