Les ouvrages de la rentrée littéraire vont bientôt déferler et il y a encore tant de livres dont j’aurais aimé parler. Je ne le répéterai jamais assez, la littérature jeunesse est un vaste laboratoire où peuvent s’exprimer de multiples talents : poètes, graphistes, romanciers, nouvellistes, historiens peuvent trouver leur place chez des éditeurs audacieux. Certains auteurs hésitent. La littérature jeunesse, n’est-ce pas un pis aller, au mieux un gagne-pain en attendant que la copieuse saga qui dort dans un tiroir soit un jour publiée dans une belle collection blanche ? Heureusement il y a de vrais et bons auteurs jeunesse et des éditeurs qui n’ont pas froid aux tripes. François David est un de ceux-là et j’ai d’ailleurs déjà présenté quelques-uns de ses ouvrages dans ces pages et ailleurs.
Voici un aperçu de la richesse et de la diversité de la production Møtus à travers quelques titres récents qui méritent votre attention.
Deux "Mouchoir de poche"
Évidemment il ne s’agit pas d’une collection de poche ordinaire. Ce sont bien des petits formats à prix réduits mais la comparaison s’arrête là. Le texte et les illustrations sont imprimés en blanc sur fond de pages noires et glacées et les treize titres parus témoignent d’un réel éclectisme.
Marc Solal, Le petit roi Ce petit roi est avant tout un petit garçon à l’imaginaire bien rempli. Le voilà seul à la maison bien décidé à régner sur sa propre planète comme dans l’histoire du Petit Prince. Empruntant de menus objets dans toute la maisonnée, l’enfant-roi bâtit son royaume. Le retour de la famille marquera la destitution du souverain. Une petite histoire cuisante et douce comme un souvenir d’enfance, à se faire raconter puis à cacher sous son oreiller.
Christine Beigel, Extra-doux - Super-résistant Dans ce récit, l’auteur évoque le blanc paradis des amours enfantines. L’amour ne s’enferme pas dans une valise. Ça prend beaucoup plus de place. C’est ce que répond Jules à son amie qui aimerait se faire toute petite pour voyager dans le mouchoir en papier qu’elle lui tend. Le carré de cellulose devient alors le symbole de cette grande histoire d’amour déjà remplie de souvenirs. Un texte poétique et tendre, finement illustré de formes découpées dans des mouchoirs en papier gaufré.
Deux photos-romans
Vous avez sans doute remarqué que les associations fictions photos étaient à la mode, tant pour les adultes que pour les enfants, avec plus ou moins de bonheur d’ailleurs : images d’une laideur surréaliste, rapport texte image sans véritable cohérence, papier de mauvaise qualité. J’ai en effet la faiblesse de penser qu’un livre de photos doit être beau. Ici nous sommes gâtés. Voici deux beaux ouvrages en papier glacé, à la couverture souple où l’image dialogue librement avec le texte.
Comment parler de la guerre ? En disant ce qui n’est plus.
Quand il y a la guerre, elle m’a dit, plus rien ne tient en équilibre.
Un album en noir en blanc, si vrai, si fort qu’il fait jaillir l’émotion comme une pluie d’étoiles. Les photographies d’Agnès Propeck n’ont pas à l’origine la guerre pour sujet. Et pourtant, François David s’en est inspiré pour suggérer avec un grand sens de l’épure, l’absence, la destruction, le malheur, la douleur, l’espoir aussi. Attention, ce livre risque de vous tirer des larmes.
C’est mon préféré car il réveille un cœur de midinette consciencieusement enfoui. Et puis c’est une réussite esthétique incontestable. La couleur des photographies de Marc Solal cohabite avec le noir et blanc, un plan rapproché avec des mosaïques, le sommet enneigé avec un sourire. J’ai cherché ma bien-aimée dans la profondeur des forêts parmi les feuilles et les fées et le lecteur d’aider l’amoureux solitaire dans sa quête en comptant les confettis éparpillés. Il ne l’a pas trouvée ? Alors j’ai toutes mes chances... Le texte s’inscrit partout et François David nous laisse rêver que c’est nous qui l’écrivons.
Et pour terminer, distribution de bonbons.
Aline Pirès, Les bonbons-mots C’est un paquet de petits sucres d’orge enrobés dans du papier cristal de couleur. À l’intérieur des Bonbons-Mots, créations d’Aline Pirès, petits poèmes à suçoter pour déguster le titre caché. Ça se déroule comme un papyrus ; d’un côté un poème énigmatique et si votre sagacité fait défaut, retournez le papyrus pour débusquer le titre au milieu d’une végétation stylisée. À distribuer sans compter autour de vous, succès garanti.
Il y a 4528 signes dans cet article. |
Marc Solal, Le petit roi, ed. Møtus, coll. "Mouchoir de poche", juin 2007, 10,5x15 cm, 32 p. - 4,50 €. Dès 5 ans.
Christine Beigel, Extra-doux - Super-résistant, ed. Møtus, coll. "Mouchoir de poche", 2007, 10,5x15 cm, 32 p. - 4,50 €. Dès 7 ans.
François David, photos Agnès Propeck, Les étoiles sont tombées, ed. Møtus, 2007, 20x20 cm, 52 p. - 12,00 €. Dès 7 ans.
François David, photos Marc Solal, Ma Bien-Aimée, ed. Møtus, avril 2006, 20x23 cm, 44 p. - 12,00 €. Dès 7 ans.
Aline Pirès, Les bonbons-mots, un sachet de 10 "bonbons", ed. Møtus, juin 2007 - 5,00 €. Dès 5 ans. |
| ©2004 LELITTERAIRE.COM. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction. |
|
Envoyer l'article à un ami
Imprimer cet article
Version PDF
|