Avec le spectacle joyeusement délirant Je t’avais dit, tu m’avais dit nous sommes transportés, ravis, dans l’univers magique de Tardieu : univers où le théâtre joue avec ses armes, à la puissance n, se réfléchit joyeusement ou avec gravité parfois, pour laisser rêveur sur la difficulté d’être, de dire, d’aimer, vivre et mourir.
Avec une scénographie magique à tous les plans - une bande musicale déléctable, des costumes fantasques au possible, un appareil scénique à géométrie hallucinogène tant elle est variable et au coloris vert improbable - et des acteurs rendus fous, proprement cartoonesques, Christophe Luthringer offre un ensemble résolument surréel à l’univers fantaisiste de Tardieu, et ce avec un savoureux collage de saynètes juxtaposées qui abolissent la progression dramatique linéaire, l’unité d’action, la cohérence de caractère... Tous les éléments traditionnels assurant la cohésion d’un théâtre classique tourné ici en dérision dans son essaimage vaudevillesque pour atteindre une unité plus profonde encore : celle de la poésie, du surréel, où les contraires se confondent, l’absurde prend écho et entre en résonance intime avec nos âmes.
Et c’est prodigieux comme Tardieu réussit à saisir les procédés convenus, les clichés, les morceaux de bravoure du vaudeville (cocufiages multiples, malentendus arrangés d’une façon incroyable, apartés enflés, scènes de couples et comtesse comme on n’en voit pas) pour les tordre, les enfler, les exagérer à un point de dilatation où ils explosent en soleils, en éclairs fulgurants de poésie qui nous mettent aux prises avec les soubassements latents, cruels et douloureux, qui font Labiche et Feydeau : amour, vie, passion, mort, que tentent de camoufler les codes sociaux de la politese, les convenances quotidiennes de la langue ! Car Tardieu est un jouteur joyeux de la langue, la rendant plus belle de tant de collages savoureux, révélant l’indicible qu’elle submerge de ses formules toutes faites... C’est, littéralement, radieux !
Les acteurs y sont totalement, collent à leurs personnalités surréelles et cartoonesques, la scénographie est magique : une joie, simplement, de retourner naïf aux profondeurs de la vie par la mise en délire de l’univers du vaudeville, comme si le jeu loufoque et intense d’un théâtre surjouant la vie en captait l’essence cruelle et tendre ! Merci à cette généreuse compagnie de nous faire partager ce superbe moment !
Je t’avais dit, tu m’avais dit !
Mise en scène :
Christophe Luthringer
Avec :
Evelyne Bork, Laurent Gerard, Gilles-Vincent Kapps, Carole Massana, Franck Mercadal, Sandrine Molaro
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