Nous avons récemment rencontré Raphaëlle Pache, cofondatrice des éditions du Revif. Cette petite maison atypique très ambitieuse a des rêves de grande littérature, de partage et de rencontre. Ce nom désuet et chargé de sens, Le Revif, leur a été soufflé par Flaubert. La maison s’est engagée à promouvoir la création littéraire contemporaine, à travers notamment la publication de La Traversée des Alpes de Denizta Bantcheva. Tournée également vers la tradition, elle participe à la remise en valeur de certaines œuvres du patrimoine littéraire français et étranger, comme La Maison du loup. Leur politique éditoriale prévoit aussi de promouvoir l’œuvre de certains cinéastes européens et la création picturale contemporaine. Si le catalogue est encore peu étoffé, car la maison est jeune, il est néanmoins très ambitieux et défendu avec enthousiasme.
Comment concrétiser de telles envies ? C’est la passion qui a conduit Raphaëlle Pache et trois autres collaborateurs à fonder le Revif il y a maintenant près de deux ans. Tout commence lorsqu’une traductrice au nez creux lui propose d’éditer un livre oublié - en anglais - qui, d’après elle, en vaut tout à fait la peine. De cette rencontre naît le premier livre du catalogue, La Maison du loup, de l’Américain Stanley Weyman, l’un des romanciers qui a rencontré le plus de succès de la fin du XIXe siècle, suivi de près par la publication d’une version bilingue de ce roman.
La politique éditoriale de la maison reste encore assez générale et sans limite de langue et de pays : guidée par les coups de cœur et les rencontres, les choix flottent au gré des envies. Le catalogue du Revif se répartit en deux collections : l’une, identifiée par la couleur violette des couvertures, regroupe la littérature contemporaine, prose ou poésie, tandis que la seconde propose des titres destinés à la jeunesse et se pare de couvertures vertes. Pour se faire connaître, les ouvrages du Revif passent par les réseaux, presse, salons du livre, lectures... C’est la relation intimiste et le bouche-à-oreille qui prédominent.
Est-ce que ça marche ? serait-on tenté, perfidement, de demander. Dans un sens, oui ! Le Revif s’installe peu à peu. Mais pas de profit sur les livres publiés. On ne cherche pas le profit quand on publie des poèmes bulgares ou des auteurs comme Denitza Bantcheva. (que l’auteur en question, que nous avons d’ailleurs eu le plaisir de rencontrer et que nous aurons certainement l’occasion de revoir, ne s’en offusque pas, nous voulions simplement signifier par là que la prose proprement "anachronique" de cette romancière ne correspond pas aux frigides canons actuels de la littérature de métro, et que, de fait, la vente de ses ouvrages ne saurait offrir à ses éditeurs une belle villa sur "la Côte", qu’elle soit d’Azur ou Fleurie). L’édition est donc une activité subsidiaire pour les membres de cette équipe, qui gagnent leur vie "à côté", ce qui n’empêche pas de concevoir des projets d’envergure comme la publication prochaine d’un grand nom de la littérature russe contemporaine - mais laissons la primeur de l’annonce aux gens du Revif.
Le rendez-vous avec Raphaëlle Pache a eu lieu près de Montmartre, quartier qui était au XIXe siècle le repaire des plus grands artistes du temps, en cette époque - pas si lointaine d’ailleurs - florissante pour l’édition qui vit la création de prestigieuses maisons animées du même souci que le Revif aujourd’hui : découvrir de nouveaux talents et s’engager aux côtés d’écrivains à la plume injustement méconnue. Les lettres et l’argent étaient déjà liés, mais le moteur de l’édition demeurait encore le goût du texte. Aujourd’hui le milieu de l’édition est surtout dominé par de grands groupes qui ont fait du livre un produit de "marketing" géré par des éditeurs-managers. À côté de ces puissantes machines, l’édition indépendante subsiste, garantissant diversité et qualité. Le Revif est l’un des représentants les plus dynamiques de ces petites structures qui s’efforcent de ne pas oublier que le métier d’éditeur est avant tout l’exercice d’une passion et d’un authentique talent.
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