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Poésie
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Nouvelle venue au Litteraire, Roxana Páez, ecrivain et traductrice argentine, a publié les suivants titres de poésie : Gran distracción animada, Las vegas del porvenir , La indecisión, Fogata de ramitas y huesos et Madre Ciruelo, ainsi que plusieurs essais sur des écrivains argentins de l’Amérique Latine. Parmi eux le livre : Manuel Puig, Du pop à l’étrangeté. Elle a obtenu deux prix nationaux de poésie et une distinction pour l’essai sur le poète Juan L.Ortiz . Actuellement, elle travaille aux Départements d’Espagnol de l’ESSEC et de l’Institut Catholique de Paris.

Ce petit livre fait d’une réunion d’écrits, lettres dans sa majorité, se soutient au début et à la fin par les textes de son auteur déjà publiés auparavant. Ainsi en est-il, au début, de la lettre homonyme du livre : "d’un éditeur de poésie à un poète en quête d’éditeur", publiée dans la revue Ficelle en 1998 puis deux fois chez Deleatur, puis, juste avant la fin, de "M’éditations", dont une première version figure dans le n°13 du Moule à gaufres.

La lettre est le résultat du travail de Louis Dubost en qualité de directeur des éditions Le Dé bleu pendant trente ans, jusqu’à décembre 2003. Il l’envoyait accompagnant la lettre de refus des tapuscripts. Entre les deux textes principaux de Dubost, nous pouvons lire des réponses des auteurs non retenus et des commentaires à celles-là, ainsi que des anecdotes de l’auteur à propos du même sujet.

De fait, il y a la "vérité" incontestable d’une expérience : la trace écrite d’une perception des choses, entre l’affect et un point de vue trouvé par l’éditeur au fur et à mesure que son enjeu s’est concretisé. Si de l’extérieur, on peut considérer le lien entre éditeur et poète, même avant une éventuelle publication, comme une liaison préalable à tout accord (face au monde consumériste où la prémisse "consommer plus encore" arrive en tête parmi tous les possibles accords sociaux), dès que l’on zoome, la scène est tout à fait autre. Il y a deux camps protagonistes de ces écrits : les éditeurs de poésie d’un côé, les poètes plutôt inédits de l’autre. A quoi il convient d’ajouter la scène de ce pugilat qui permet la confrontation face à face (les débats épistolaires ne sont pas si représentables à cause du décalage) : le Marché de la Poésie de la Place Saint-Sulpice chaque mois de juin à Paris, dont le nom préside, dans la limite de l’oxymoron, à cet événement.

Ces quatre jours au début de l’été logent dans un quartier de consommation de grandes marques, d’autres marques repérables, parfois remarquables, seulement pour une minorité des minorités : les acheteurs de livres de poésie, la plupart, des poètes et les marchands moins marchands puisque les bénéfices sont en général du genre immatériel. Mais, même dans ce monde dérisoire duquel on dirait une contre-société dans la société de l’empire du capital, la confrontation peut être violente pour l’un et l’autre camp.

Il est évident que les protagonistes sont aussi le type de lecteur idéal et plutôt unique de ce petit livre : des éditeurs qui ne savent pas comment se débarrasser des prétendants et des poètes en quête d’éditeur.
Pour les gens qui savent se mettre à la place des autres, il n’est pas difficile de comprendre ce sentiment d’agacement des petits éditeurs dont la fierté est la sélection soigneuse de leurs publications, fondée sur leurs goûts personnels et celui des amis auteurs dont ils sont entourés et à qui ils font confiance. Ce prestige de qualité (ou de fidélité esthétique à certaines tendances) est confronté au désir des écrivains qui recherchent anxieusement le moyen de faire connaître leur capital symbolique.

Bien évidemment, quelquefois, il s’agit peut-être de se faire connaître tout court. Etre reconnu en tant qu’artiste est alors une quête fondamentalement narcissique qui aveugle la capacité auto-critique. C’est aussi le sujet de l’opuscule. Rimbaud aussi s’énervait déjà dans ses lettres à ce sujet : l’auteur personnage, chose que l’on connaît bien à travers les auteurs publiés, le contraire n’étant pas logiquement possible.
Mais il se peut que l’auteur, victime d’attaques frontales au Marché de la Poésie, ait trouvé le ton juste dans le deuxième texte, situé à la fin du livre, où il se donne moins d’importance à soi-même, où il fait place à ses confrères-éditeurs de poésie, aussi prestigieux que lui. Le message passe mieux alors parce qu’il n’y a pas de sarcasme comme dans la fameuse lettre centrale.

Dans celle-ci, censée être humoristique, ainsi que dans les commentaires distribués a posteriori, on trouve en effet plutôt du sarcasme à côté de ces souffrances pratiques du métier. Dans ces textes, la critique en général est préalable et bloque au départ le dialogue entre les protagonistes. Le geste maladroit du poète qui s’approche est vu comme brutal et, en conséquence, tout le reste. La description physique des auteurs de manuscrits est par trop méprisante, plus propre à un chef d’entreprise face à un pauvre d’esprit. Les sujets sont ainsi jugés avant leurs écrits par leur dite oralité, dans une première et unique rencontre, pour n’avoir pas deviné que c’était à l’éditeur de choisir et découvrir qui il veut éditer, de n’avoir pas lu un bon nombre de ces auteurs privilégiés sélectionnés. Bref, d’avoir osé se mesurer, se comparer à eux.

Roxana Paèz



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La rédaction, le 23 août 2007 - article3007.html
Louis Dubost, Lettre d’un éditeur de poésie à un poète en quête d’éditeur, Gingko, avril 2006, 123 p. - 7,00 €.
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