Dernière arrivée au Littéraire, Justine est une femme. Parisienne, célibataire (même quand elle ne l’est pas), proche de la trentaine et de Jackie Quartz, Justine réalise avec une autodérision décapante des mises au point sur les plus beaux livres de sa vie pour partager son plaisir avec vous.
De l’essence divine du cul
L’ouvrage est sous-titré "une confession érotique". Cela ne colle pas complètement, ce serait plus une "dissertation érotique"... Mais admettons que les opinions divergent. Il y a de multiples points de vue admissibles sur Ma reddition.
On peut considérer qu’il s’agit d’un ouvrage érotique, un de ceux qui "ne se lisent que d’une main" mais il m’a fait assez peu d’effets de ce côté-là et c’est heureux parce que je l’ai lu dans le métro. Un autre angle d’attaque est de se pencher sur les relations hommes femmes, non seulement sexuelles mais vues dans leur ensemble, sur la façon que le sexe a de structurer les relations de couple. Là, je partage avec l’auteure une idée de la liberté de chacun, de la vie au présent, apprentissage difficile s’il en est, qu’elle raconte avoir fait après son divorce.
Enfin, dernier point de vue possible mais non des moindres, last but no least comme dirait l’auteure, l’essence divine du cul... Toni Bentley défend la thèse de l’union du fond et de la forme, de l’indissociabilité de l’âme et de la chair. Quand on la lit nous avouer qu’elle a vu Dieu (qu’elle cherchait depuis toute petite, seule athée qu’elle était dans son pays de croyants) en se faisant enculer, quand on comprend à quel point c’est dans ses entrailles au sens propre qu’elle trouve ce qu’elle a au fond d’elle, qu’elle trouve l’essentiel de son plaisir, on ne peut que la suivre dans "le trou qui a une sortie".
Elle dit d’ailleurs de l’orgasme : C’était la montée d’un raz de marée intérieur qui submergeait mon corps, ma tête, avant de se déverser dans mon âme. Toujours l’interaction entre le mental et le physique qui fusionne à n’en faire qu’un. Et l’on suit son mouvement, en filigrane des mouvements de danseuse qu’elle exécute sans cesse. Et puis, il m’a prise par le cul. Est-ce là ce qu’il avait appris pendant son absence ? C’était une première pour moi. Une grande première. Mon Dieu qu’il était bon ! Terrible, je veux dire. Quelle assurance il avait ! Tant d’élégance ! C’a été très lent, très prudent, très continu et très douloureux. C’est là, à ce moment là, que j’ai su pour la première fois ce que c’était de surmonter la peur et la douleur pour pour atteindre, de l’autre côté, ce plateau où j’ai connu cet homme dans une terre étrangère appelée Béatitude. (...) Lors de ce voyage initiatique, sa queue au fond de mes entraille a été un miracle émotionnel et anatomique : l’impossible était advenu dans mon cul. Dieu avait à présent toute mon attention. Si j’avais marché sur l’eau, je n’eus pas été plus stupéfiée.
Contrairement à d’autres livres du genre, Ma reddition se lit de A à Z en passant par tout l’alphabet car on ne souhaite pas en perdre une miette, pas une miette de A-man (bravo à la traductrice le jeu de mot passe très bien en français), l’homme parfait, pas une miette de Jeune Homme ou de Petit Ami. On veut sentir et comprendre cette relation intime de la danse, du corps et de l’expression, de l’âme et de la chair, de la femme et de l’homme, de la domination et de la soumission, du spirituel bouddhisme et du sexuel, du Yin et du Yang.
Entre essai philosophique, confession érotique, et poésie pure, Ma reddition est tout à la fois palpitant, romantique, sexuel, original, sensuel et existentiel. Bonne lecture !
Justine Miso
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