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Romans
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Ouh ! Voilà beaucoup de douleur. Quelque quatre cents pages de grande souffrance et de profond désespoir.
Première phrase : 
Tout ce qui suit se déroule après la mort de Jack et avant notre noyade, à maman et à moi, dans un ferry en feu sur le fleuve Guaviare aux eaux froides et brunes, au centre-ouest de la Colombie, en compagnie de quarante deux autochtones dont nous n’avions même pas fait la connaissance.
Et pratiquement tout est là. La mort omniprésente, l’incapacité à partager avec le monde dans sa diversité. Le sens de la vie, ou son absence.

L’idée de base est loufoque : deux jeunes adultes, originaires du Milwaukee, décident d’accomplir en une semaine un tour de monde. Ce sont les premières pages, de pure comédie. Car, avant même le départ, rien n’est simple : le choix des destinations, la contrainte des visas, la perspective du temps perdu en avion... Mais vite, le rire se fige. L’Autre et l’Ailleurs sont difficiles à saisir. Les rencontres sont rares et toujours biaisées ; les paysages jamais à la hauteur de l’attente. La lassitude mène à la colère :
Tout est pourri. Tu sais très bien que c’est pourri. Tout le monde le sait. Cet endroit de merde ! C’est complètement pourri. On est là et on fait comme si ça n’était pas pourri par simple politesse à la con.

Surtout il y a un projet dans le projet, celui de distribuer en une semaine environ 30 000 dollars, que le narrateur a par un concours de circonstances - que nous ne rapporterons pas ici - gagnés. Et c’est impossible sans de douloureux cas de conscience. À qui donner ? Comment donner ? Que pense celui qui reçoit ? Que vit celui qui donne ? Les appels à maman, déboussolée par l’initiative mais aussi peut-être de nature, n’aident en rien. Au bout du chemin, toujours plus de solitude. En lieu et place des rencontres promises par le voyage, un isolement chaque jour plus prégnant. Les conversations amicales s’espacent, les monologues intérieurs s’imposent.

Enfin il y a Jack. Ou plutôt il n’y a plus Jack. Le périple est assombri par l’absence de l’ami commun. Par petites touches d’abord, à chacun des flashes qui ponctuent le récit. Puis l’on comprend que cette perte n’a jamais quitté nos nomades. Origine de cette fuite en avant, elle ne lui en donne pas pour autant un sens. L’impuissance à sauver l’ami, puis la douleur de la séparation et maintenant le vide de l’absence, sont insupportables. Les appels à Dieu d’une rare violence :
Seigneur mon Dieu, est-ce que tu ne penses pas que je pourrai utiliser tout cela contre toi ? Ignores-tu que ce que tu peux faire, moi, je peux le faire aussi ? Ne sais-tu pas que je suis capable de convoquer tes propres vents et de déplacer les continents, aussi bien que toi ? Cette terre ne t’appartient pas ; elle nous appartient, à nous tous. Tu ne sais pas cela, bordel ?

Lise qui peut.



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Guilhem Menanteau, le 17 juin 2007 - article2984.html
Dave Eggers, Suive qui peut (traduit par Pierre Charras), Gallimard coll. "Du monde entier", septembre 2003, 462 p. - 22,90 €.
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