http://www.lelitteraire.com
l'Actu des livres
 Contacter
 Annabelle Hautecontre
Ses derniers articles :
La collection "Guide complet
Le Meunier, les moines et le bandit
Histoire d’un crime
Yasser Arafat, intime - La passion de la Palestine
Un voyage au Japon
Marabouts, Maroc
Noces bourgeoises
R.-V. avec l’art...
Le retour des ménagères
Conversation anglaise - Le groupe de Bloomsbury
Fascinante Italie - De Manet à Picasso (1856-1917)
De Canguilhem à Foucault - La Force des normes
Leo Castelli et les siens
La Bonne cuisine bon marché, bonne pour la santé
Les Idées et les inventions qui ont changé le monde
Les Années difficiles-Journal (1972-1983)
Géométrie d’un rêve
L’Invention de la vérité
La Pensée de midi n°28
L’idéologie ou la pensée embarquée
  
3813 articles en ligne


Essais/documents
afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article

La nuit de la substance est belle

D’un pays de miel et de lait, un poète nous est venu. Salah Stétié débarqua à Paris et rapporta avec lui le souffle d’Orient. Et l’érudition acquise auprès de Gabriel Bounoure à l’École Supérieure des Lettres de Beyrouth. À Paris il persévéra à l’École Pratique des Hautes Études. Transpercé par les mots de Louis Massignon. Porté vers des idéaux d’une autre nature. Fréquentant les théâtres. L’avant-garde. Croisant Ionesco et assistant à la première des premières des Chaises. C’était une époque où tout était possible...

Et la terre a tourné. Et le temps s’en est allé. Fluide comme les vers du poète. Opaque comme l’affront fait à la vie. Envoûtant comme la musique de ces poèmes. Une tentation de regarder en arrière. De faire le bilan. De juger l’avenir incertain. Fourberie ! Scapin du Levant, Stétié s’en joue et nous embarque dans une farandole de souvenirs. De rires et d’envies. Encore. Plus loin, toujours, porter le regard. Flirter avec l’essentiel. Briser le moule qui nous enferme. Et accueillir les nymphes qui peuplent ses nuits. Salah Stétié sait puiser dans l’aune de l’infini la matière première pour mouler le désir sur le corps fuyant d’une ombre. Lumière. Nuit. Miroir de la comédie. Fournaise des possibles cette manière d’écrire pour laisser à penser... Que tout est comédie. Divine. Humaine. Inutile mais diablement sucrée. À dévorer à pleines dents...

Pour s’en convaincre rien ne vaut un détour par sa poésie qui n’est autre que fil sur la tranche. Lame de rasoir sur le qui-vive de ses poèmes. Musique arabe chantée en français. Métissage des harmonies sous le soleil, exactement. Sublimée, la langue française épouse alors les formes du désert. La syntaxe s’offre au conquérant qui aura su la prendre. Dans un grand éclat le vent chaud soufflera les braises dans le cénacle des canons. Oubliées les références, Stétié le poète aura eu raison des dogmes. Des croyances. Des impies. Il ira son chemin protégé par l’arche des rimes oubliées, de la musique célébrée dans le champ de l’amour absolu. Ses prises de position contre l’islamisme radical et sa biographie de Mahomet démontrent son attachement à l’histoire. À sa culture. À la juste mesure d’une religion intégrée à la vie moderne.

Salah Stétié restera un homme libre. Pas de chapelle ni de clan. Mais une famille au-delà des frontières : la poésie. La culture. La connaissance contre l’intégrisme. La philosophie contre l’exclusion. La parole contre le geste. Il laissera alors une parole. Un discours face aux sarcasmes de la mort, une parole endiablée dans un livre. Il offrira à la postérité des dizaines de livres. Tout public, de bibilophilie, traduits, commentés, analysés... etc. Des livres qui nous feront voyager. Qui nous feront pleurer. Qui nous feront rire. Des livres qui nous accompagneront sur les chemins de la vie. On se souviendra qu’il les a écrits, pour la plupart, sous les toits. Dans une maison en pierre des Yvelines. Dans un petit village. Une maison sise en face de celle de Cendrars.

Mais attention ! Ce livre n’est pas un bilan. Ce livre n’est pas une déclaration. Ce livre n’est pas à dessein. Il est à décharge. Il rappelle ce qui fut dans l’éclatante vérité du jour naissant. Il transpire d’une certaine lucidité qui n’est pas sans brûler l’âme. Mais il est chargé d’espoir. Il est chargé de vie. Il porte en lui cette force unique qui transforme un écrivain en homme politique. En homme de la cité. Pourfendeur d’idées reçues pour mieux pointer la bonne direction. Le bon côté vers où porter son regard. Qui d’autre qu’un poète pour rappeler l’essentiel de l’humanité ?



Il y a 3633 signes dans cet article.
Annabelle Hautecontre, le 20 mai 2007 - article2942.html
Salah Stétié, La Nuit de la substance, Fata Morgana, avril 2007, 65 p. - 12,00 €.
©2004-2010 LELITTERAIRE.COM.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction.

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article
générer une version PDF de cet article Version PDF



Les débats de La fabrique - février 2010
"Continents noirs" fête ses 10 ans !
Les "Samedis Littéraires" du Lutetia
 
http://www.lelitteraire.com
Les articles les plus consultés
 Recherchehttp://www.lelitteraire.com

Romans | Nouvelles | On en parle | Pôle noir | SF | Essais/documents | Inclassables | Poésie | Poches | Chapeau bas ! |
On jette ! | DVD | Théâtre | Les érotiques | Événements | Entretiens | Dossiers | BD | Jeunesse | Manga |
Beaux livres | Arts croisés | Le littéraire TV |

Copyright © 2004-2010 lelitteraire.com - Tous droits réservés - 
Site optimisé 1024x768 - IE 5x et +, Firefox 3.0.3 et +, Safari 4.0 et +

Rédaction
Contacts
Mentions Légales