À l’heure où l’on "mai" le livre d’art à l’honneur, il convient d’évoquer les ouvrages prétentieux et inconsistants qui briguent abusivement leur place parmi les "beaux livres". Des ouvrages comme ce Rome, trésors d’une civilisation ancienne, sorti en octobre dernier aux éditions White Star.
Le voyage commence pourtant sous les meilleurs auspices : belle jaquette noire sur laquelle se détache un admirable profil de marbre, reliure toilée entièrement noire - l’élégance pure. Tout se gâte lorsqu’on ouvre le livre... Les images perdent de leur intérêt tant elles pullulent ; les pages sont d’un papier glacé trop mince, trop brillant - tantôt noires à typographie blanche et blanches à typographie noire, leur alternance, trop contrastée, fatigue le regard. Quant au texte, certes abondant et riche d’informations, il est souvent répétitif, sans style - rien ne donne envie de s’y accrocher au point de passer outre la mise en page tape-à-l’œil et l’illustration médiocre.
Médiocre, oui : car le plus affligeant est bien la piètre qualité de l’iconographie, qui indispose d’autant que les images abondent, surabondent, et deviennent envahissantes jusqu’au chevauchement (pp. 150-151) - lequel est d’un effet esthétique discutable et d’une pertinence douteuse... Beaucoup de photographies s’avèrent floues dès que l’on se penche de près sur le "piqué" qu’elles montrent dans les détails d’une sculpture ou d’un objet - un exemple, pris tout à fait au hasard, p. 91 : si l’on observe bien la statue du successeur d’Auguste, on voit que le pan avant du drapé de sa toge est parfaitement net tandis que son visage et son abdomen sont flous. C’est avoir bien mal jaugé la profondeur de champ que d’avoir photographié cette statue de la sorte. En matière d’œuvres d’art et de vestiges archéologiques, il y a des techniques et du matériel photographiques adaptés à la restitution fidèle de leurs plus infimes beautés... qui n’ont sans doute pas été utilisés pour produire les clichés de ce livre, dont les plus désolants sont encore, à mes yeux, ces vues panoramiques de sites ou de monuments dont les couleurs claquent, jurent, manquent de justesse. Elles évoquent ces cartes postales criardes et bon marché, d’une banalité déséspérante, dont s’emparent les touristes trop pressés pour regarder ce qu’ils achètent.
Mises au point fantaisistes pour les reproductions d’œuvres, couleurs infames et cadrages dénués de la moindre recherche esthétiques pour les panoramas : ces photos n’ont décidément rien pour plaire. N’avoir d’autre but que "donner à voir", soit. Mais alors, la moindre des choses est d’y pourvoir excellemment !
Allons donc chercher ailleurs la mémoire de Rome, de ses fondateurs, et de ceux qui ont vécu dans son giron durant tant de siècles : ils méritent mieux que cela, et les vrais beaux livres ne manquent pas, qui prouvent qu’un texte de très haute érudition peut voisiner avec une iconographie parfaite - et vice versa...
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