Fantaisies puissance 11
Que peut-il bien y avoir de commun entre une chatte qui se prend pour une panthère, une meurtrière plus soucieuse de déguster une tasse de thé que d’effacer les traces de son forfait, des fées pointant furtivement leurs ailes dans un quotidien sinistre ? La plume d’Alyz Tale - celle d’une nouvelliste aguerrie et d’une artiste, qui sait ouvrir les portes de l’imaginaire aussi bien par l’image que par le texte. Nourrie de métaphores et de comparaisons qui transmuent certains aspects du réel en les plaçant à cheval entre deux univers - les nuées du couchant se font cheveux de jade, les cheveux algues...mais aussi par les diverses thématiques développées, l’écriture répond aux illustrations qui accompagnent chaque nouvelle. Images composites, elles semblent résulter de la fusion aléatoire de plusieurs plaques de verre impressionnées et laissent, à travers la subtilité de leurs fondus, transparaître quelque chose de cruel ou de déchirant.
C’est bien un mélange de cet ordre, à proportions variables de féerie pétique, de cruauté, de cynisme et de noirceur, qui caractérise ces onze récits. Presque tous ont la teinte grinçante de la nouvelle éponyme - sensuelle, morbide, mais non exempte d’humour - où une jeune meurtrière s’attarde à contempler l’ambre d’une infusion de thé en attendant l’arrivée de la police. Entre le photographe chasseur de fées, l’adolescent victime d’une banshee ou les deux enfants qui, de concert, ont voulu rappeler une dryade à la vie, Alyz Tale ne laisse jamais la poésie s’immiscer suffisamment pour lui accorder la victoire totale : il y a toujours à l’oeuvre, quelque part dans les textes, cette part d’ombre qui ternit les aurores et les espoirs les plus modiques - et ce même si l’humour n’est jamais loin. Et ce qui vaut pour chacun de ces récits vaut pour l’ensemble du recueil : sa tonalité d’ensemble, sous ses nuances variées, n’est pas même uniforme. Alors que l’on s’habitue peu à peu à celle-ci, aussi déconcertante fût-elle, surgit "Kill humanity unit", qui mêle en une désespérance dépourvue de toute lueur la tragédie individuelle d’un jeune homme dont la soeur s’est suicidée à celle, collective, d’une humanité courant à sa perte.
Pourtant,malgré toutes leurs qualités - et le plaisir qu’on a à les lire - la plupart des nouvelles ont un côté non abouti, comme un ouvrage qui cent fois n’aurait pas été remis sur le métier. De petites maladresses d’écriture, un style qui aurait pu être davantage poli, quelques coquilles aussi... viennent par endroits titiller notre oeil de lecteur. Mais ces menus défauts s’oublient sans trop de peine tant il émane de ces textes un charme indéniable. Et puis ce petit livre est si facile à glisser dans une poche, à serrer contre soi, si agréable à tenir en main... Pas moyen de s’en séparer avant de l’avoir terminé.
Espérons que nous convier à son Dernier thé revient, pour Alyz Tale, à nous promettre d’autres livres sous peu...
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Alyz Tale, Mon dernier thé, éditions du Yunnan, 2003, 130 p.
Pour se procurer le livre par correspondance :
Celia
BP n° 6
75462 PARIS cedex 10
Compter 10 euros frais de port compris. |
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