Hélène et Philippe, mère et fils, vivent seuls. Seuls, ou plutôt ensemble, unis l’un à l’autre par une relation à la fois tendre, complice et conflictuelle : l’adolescent rebelle, en proie au doute quant à son avenir, s’oppose constamment à son père, absent, parti, et à sa mère, qui se retrouve au chômage et tente malgré tout de maintenir un semblant de vie familiale, elle qui n’a plus que son fils pour donner un sens à son existence. Au fil de leurs bribes de conversation apparaît leur attachement l’un à l’autre - un lien par-dessus tout indéfectible qui les unit malgré les errements, les aléas de la vie. Du début à la fin, cette affection commune nous laissera croire à une possible fin heureuse.
Construite autour de douze scènes, la pièce fait la part belle au jeu des acteurs, tout en sobriété et en justesse, qui évoluent au centre d’un décor très épuré, celui de l’appartement familial. Laurent Hatat, par un travail vidéo habile et subtil, plonge ainsi le spectateur au cœur de l’enfance heureuse de Philippe, la vie d’avant avec le père et crée une atmosphère particulière dans laquelle présent et passé s’entrechoquent constamment. Le metteur en scène se révèle avant tout un très bon scénographe, évitant l’excès de pathos, ce qui est remarquable avec un sujet aussi délicat et douloureux. La pièce, au ton grave, n’est pas dénuée d’optimisme et s’émaille même de moments plus joyeux, légers, favorisant l’écoute et l’attention du public à la douleur sous-jacente de chacun des personnages. Grâce à un ton toujours juste et à leur jeu, les deux acteurs, Catherine Baugué et Denis Eyriey, ont su mettre en valeur la gravité du texte et y apporter une touche pertinente de réalisme.
Le Centre national dramatique d’Aubervilliers présente, au nord de Paris, un théâtre d’auteur de qualité, avec des mises en scène originale et une réelle variété dans la programmation. Souvent considéré à tort comme élitiste, le théâtre reste pourtant avant tout un art populaire qui sait mêler habilement arts visuels et sonores, technicité et création. Et s’il est bien une pièce qui réussit le pari de ce subtil mélange, c’est Dissident, il va sans dire. Une scénographie inventive, créative et parfaitement intégrée à la mise en scène, qui ne se supplante ni le texte ni le jeu des acteurs. Au contraire, elle les met en valeur et les porte de bout en bout. De plus, le théâtre de la Commune met en place un système de navettes gratuites depuis Paris, facilitant ainsi l’accès à l’éventail éclectique des spectacles qu’il propose. Du bon théâtre contemporain, à voir et à méditer.
Dissident, il va sans dire
Mise en scène :
Laurent Hatat
Avec :
Catherine Baugué, Denis Eyriey, Cyril Tesson-Béros, Lucien et Till
Lumières :
David Laurie
Accessoires :
Fanny Belair
Costumes :
Émilie Dufossé
Visitez le site du Théâtre de la Commune, et découvrez ici la chronique que Samuel Vigier avait consacrée à la mise en scène que Jacques Kraemer avait réalisée de cette même pièce.
NB - Le texte de la pièce est édité par L’Arche :
Michel Vinaver, Théâtre de chambre, coll. "Scène ouverte", juin 1997, 77 p. - 9,00 €.
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