photo Ornela Vorpsi
Ce samedi 10 février 2007 Ornela Vorpsi recevait. Dans un petit salon, chez Costes. Quelques intimes. Pour parler de tout et de rien. De son travail. De ses romans. Et de ses photographies, aussi. Elle rayonnait sur son canapé, tout sourire et cheveux aériens. Mais ne lui dîtes pas qu’elle est belle. Surtout pas. L’un de mes confrères l’a déjà fait. Dit. Écrit. Sottise d’homme. Quid de cette plastique si derrière il n’y a rien ? Car si elle est resplendissante, c’est bien qu’elle est entière. Diablesse albanaise exilée pour raisons personnelles. Raisons d’esprit. Partie à 23 ans d’un pays qu’elle ne comprenait pas pour l’Italie. Partie être elle-même. Car une femme artiste au pays des aigles n’est pas encore concevable. "Soit belle et tais-toi !" serait plutôt le genre de la maison. La cuisine ou le trottoir. Ni l’un ni l’autre pour Ornela Vorpsi. Donc un billet simple pour Brindisi. Un stop and go à Naples, puis Milan puis Paris... Un homme dans sa vie. Des projets fous. Un voyage au Japon à la Villa Kujoyama pour y mener à bien son projet... et le réussir.
Nous l’avions découverte ici en septembre 2005 lors de la publication de son célèbre Buvez du cacao Van Houten ! et nous avions à cœur de replonger dans ses récits à contre-courant. Amoureuse de Maïakovski, de Robert Walser, Milan Kundera et tant d’autres elle vit l’altérité dans une autre langue. L’italien - quoiqu’elle parle parfaitement français - et n’écrit donc point en albanais. Ce que l‘illustrissime Kadaré lui a reproché, un soir d’été à la terrasse du Flore. Comment écrire en italien ? Pourquoi nier l’albanais ? Ce n’est pas si simple. Ce n’est pas une question de négation mais d’amour. L’on protège toujours ceux que l’on aime. L’Albanie est trop présente encore dans le cœur d’Ornela Vorpsi pour qu’elle puisse appréhender sa langue maternelle autrement que dans l’intimité. Pour raconter ses histoires l’italien aura donc gain de cause. Musique maestro !
 "sans titre" by Ornela Vorpsi
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Amoureuse de la photo, moi aussi, j’ai voulu poser mes questions sur Tessons roses qui a paru en janvier chez Actes Sud. Un petit livre diabolique agrémenté de photos N&B de l’auteur. Un conte moderne sur les impossibles amours. Une marche vers l’abîme, aussi. Une découverte des trahisons du corps. 
Et toujours ces photos veloutées. Ces légèretés. L’insert d’une épaule. Un œil en feu sous des cheveux de jais. Voici le lecteur pétrifié. Privé d’air, en incubation d’une émotion. Les mots s’arc-boutent pour frémir...
Quand on évoque l’art photographique, Ornela Vorpsi baisse les yeux, trop modeste. Elle ne considère pas la photo comme un art. Sans doute le fait d’appuyer sur un bouton. Seulement. Cela la contraint à se dire qu’elle pratique un art mineur. Par rapport à la peinture par exemple. Et puis elle voue une admiration sans borne à Francesca Woodman. La grande dame de la photo. La papesse du N&B. Derrière elle, Ornela se dit toute petite. Toujours ce besoin de comparaison. De se mesurer. De s’identifier dans un inconscient brumeux. De se justifier. Mais pourquoi ? Les photos d’Ornela Vorpsi possèdent leur âme. Leur signifié. Leur épaisseur. Leur vie aussi. C’est le reflet d’un autre monde qui avoue le tain du miroir derrière lequel Ornela Vorpsi nous observe. D’ailleurs ne rit-elle pas de notre monde, elle qui sortait d’une séance photo, justement ? La veille, pour Le Figaro. Avec cette danse impossible autour de l’objectif. Comme si l’on devait jouer un rôle. Et les autres filles qui se trémoussaient. Jouaient le jeu. Surjouaient. Mais de quoi parle-t-on ici ? De littérature ou de se dandiner devant une caméra pour vendre du papier ? D’art ou de tendance ?
Francesca Woodman
Notre Albanaise était hors d’elle. On la comprend. Elle est si bien chez Actes Sud, protégée de la folie du milieu. Gallimard et Grasset aussi la voulaient. Mais comme Amélie elle a répondu au premier. Signé pour cinq livres. Et tant mieux. Un ange veillait. Elle a un véritable éditeur. Loin du bruit et de la fureur des germanopratins qui œuvrent d’abord pour leur nombril. Elle est libre, Ornela, et c’est tant mieux. Elle n’en revient pas de vendre ses photos si cher. Elle n’y pense pas. Laissant la galerie de Genève s’en charger. Elle est ailleurs. Elle culpabilise aussi de n’avoir rien fait depuis dix jours. Mais elle était malade. Qu’importe ! l’artiste ne doit pas ne rien faire. On tente de la rassurer. De la réconforter. Elle rit. Elle en rit... L’incroyable légèreté d’être en accord avec soi-même s’impose à nos yeux. Elle a raison. Elle est libre. Elle se lève. Déjà fini ? Il faut partir. Elle fait un clin d’œil à un petit garçon de 2 ans qui la dévorait des yeux depuis cinq minutes. Il en rougirait s’il n’était intimidé. Elle disparaît dans une volute parfumée. Nuage impossible au pays du matérialisme.
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