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La couverture est d’une couleur intense, presque violente pour les yeux et dans un cadre noir se détache en lettres blanches le titre provocateur. Le livre commence par une définition du mot "tapage", du nom de cette collection lancée par Hachette Littératures.
Guy Burgel prend comme point de départ un drame personnel : géographe réputé et reconnu, il est spécialiste des villes et ses ouvrages font autorité. Il a mis en place et dirigé pendant plusieurs années le Laboratoire de Géographie Urbaine au sein de l’Université de Paris X Nanterre, et il est en colère. Son Laboratoire a été brutalement dissous. On comprend la frustration de l’auteur, car c’est plusieurs dizaines d’années de vie et de travail universitaires ainsi réduites à néant. Mais l’auteur ne s’étend pas longtemps sur son propre malheur ; comme il le précise :
La première règle des sciences sociales vient à l’esprit : des causes individuelles ne peuvent produire des effets généraux. (p. 12)
Il lui a donc fallu chercher les causes profondes de son propre malheur.

Il tire de sa recherche une analyse pertinente et très lucide des dysfonctionnements de l’université, une institution qui n’a pas su gérer l’explosion étudiante et l’afflux massif des jeunes vers les études supérieurs depuis le début des années 60. L’économie générale du système manque de rendements : le nombre de déchets (abandons, redoublements, réorientations) est trop élevé. L’inadéquation profonde entre la formation universitaire acquise et le métier exercé s’élargit avec le temps. On constate une dévalorisation professionnelle : des niveaux de diplômes croissants sont exigés pour des emplois aux responsabilités, aux qualifications et aux revenus de plus en plus faibles. La France accueille et intègre mal les étudiants étrangers, et perd ainsi en richesse et en rayonnement international. La coupure sociale entre Universités et Grandes Écoles est de plus en plus nette. Et pourtant l’université continue de faire comme si..., consciente pourtant du diagnostic, mais résignée car tellement hésitante, voire effrayée et hostile devant tant de réformes qui s’avèrent nécessaires.  
L’analyse sociale et politique du milieu universitaire permet de comprendre cette résistance et elle se résume par la formule suivante : c’est une société féodale qui vote à gauche ; l’institution universitaire, pourtant peuplée par une majorité de gens de gauche est une énorme machine à produire des comportement réactionnaires. L’ensemble est verrouillé, cloisonné entre différents corps et statuts, ce qui ne favorise ni l’innovation, ni la mobilité ni l’efficacité. Frilosité, fermeture et vieillissement, le diagnostic est terrible et le CNRS n’est pas épargné. L’administration tatillonne, paperassière et débordée non plus d’ailleurs.
 
Loin de n’être qu’une analyse froide et brutale des maux de l’université, l’ouvrage est aussi une force de proposition concrète et originale. Car Guy Burgel a des idées précises et des grandes orientations qu’il défend bien. Il ne tombe jamais dans les clichés larmoyants sur le niveau qui baisse, et ne fournit pas de solutions simplistes et caricaturales. Il est contre la sélection à l’entrée de l’Université, pire que le mal qu’elle serait censée corriger car elle exclurait les plus faibles. L’accueil en masse des étudiants peut être une chance à condition d’avoir la volonté d’y faire face. Ce n’est pas une question de moyens : hostile au gaspillage, l’auteur est clairement conscient des différences entre quantité et qualité. Guy Burgel ne succombe pas à la tentation de la professionnalisation ; à ceux, très à la mode aujourd’hui, qui préconisent moins d’enseignement général, il répond au contraire qu’il faut davantage d’enseignement général pour mieux préparer les étudiants aux évolutions futures de leur carrière et de la société.

Il ne s’agit pas non plus de tirer à boulets rouges sur les Grandes Écoles qui font leurs preuves, mais au contraire de s’en inspirer (groupes restreints, soutien et exigences accrues, ouverture internationale...). L’auteur propose que l’on revienne au système de l’année de propédeutique en première année universitaire. Il ne s’agit pas de privatiser l’université mais de l’ouvrir davantage aux autres acteurs sociaux, afin d’établir de meilleurs liens de confiance. Il faut décloisonner les carrières des enseignants chercheurs. Il faudrait aussi réorganiser le calendrier, et mieux échelonner le travail sur l’ensemble de l’année pour éviter de tout concentrer entre octobre et mai, période elle-même entrecoupée de vacances, obligeant ainsi des étudiants de première année à subir des cours magistraux de près de deux heures, aberration humaine, pédagogique et très administrative.
 
Tout en étant percutant, voire dérangeant vis-à-vis de ses collègues et sans pitié à l’égard de l’institution, Guy Burgel n’en est pas moins à la recherche d’un consensus. Et son ouvrage est aussi bien un réquisitoire qu’un manifeste lucide et pertinent. Au diable les égoïsmes et les petites mesquineries individuelles, c’est au futur de la nation qu’il pense.



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Camille Aranyossy, le 28 janvier 2007 - article2804.html
Guy Burgel, Université, une misère française, Hachette Littératures Coll. "Tapage", 2006, 183 p. - 10,00 €.
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