Hermaphrodite ?
Partant d’un quiproquo, Emmanuelle Peslerbe tisse un brocart rehaussé d’un rien d’insolence, le tout serti d’absurde. Mais n’est-ce pas notre lot à tous de nous imaginer autre ?
Elisa Pratte attend la visite d’un expert. Un simple rendez-vous pour un dégât des eaux. Un certain Philippe Dumont s’est fait annoncer par un petit papier vert. On sonne à la porte à l’heure dite. Mais c’est une femme qui se tient dans l’encadrement. Une femme asexuée, froide. Habillée d’un tailleur strict. Couleur passe-muraille. Cheveux courts. Elisa Pratte y voit un homme déguisé en femme. Madame Yo donne souvent cette impression. Ce malaise de ne savoir qui elle est réellement. Mais de là à l’imaginer transexuelle. Ou transformiste. Il y a un pas qu’Elisa franchit. Allègrement.
Faut dire qu’Elisa vit dans son monde. Celui de l’imaginaire. Elisa est peintre. À toutes ses heures. Quand elle n’officie pas comme kiné. Femme solitaire, elle se passionne pour les saints martyrs qu’elle peint dans son studio. Alors cette visite lui semble pour le moins saugrenue ... Elle s’en ouvre à Philippe Dumont en lui écrivant une lettre alambiquée. Ce dernier le prend très mal et lui intime d’aller se faire soigner.
Mais le ver est dans le fruit. Philippe Dumont s’ennuie ferme dans sa vie. Sa femme le lasse. Son travail le barbe. Ses amis l’énervent. Alors cette Elisa Pratte qui l’a pris pour une femme. Pourquoi pas ? Le voilà qui s’imagine lui donner un autre rendez-vous et s’y rendre déguisé. Mais il va devoir se raser les jambes. Que va dire sa femme ?
Pour un premier roman l’essai est réussi. Déployé dans un rythme soutenu, il s’épanche comme une confidence à deux voix. Une cascade de saynètes martèle le tempo d’une symphonie de l’absurde. Conte immoral pour adultes fatigués. Comédie al dente où la candeur dispute la vedette au romantisme. Un nuage de douceur. Une légèreté de ton qui cristallise les petits bobos de nos quotidiens impossibles. Une manière de donner corps à nos rêves. Et si demain j’allais bosser en costume trois-pièces ?
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