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Pôle noir
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C’est l’histoire d’une araignée (qui montait, qui montait...), une bien grasse, bien grosse, bien velue et bien noire. Une de celles dont on ne veut pas se demander si elle est venimeuse ou pas. Une de celles dont on a envie de se défaire d’un grand coup de tatane salvateur. La rencontre, à Toulouse, entre cette araignée et l’inspecteur Cédric Mangate va être lourde de conséquences. Un hurlement dans la nuit va troubler sa quiétude alors qu’il trône tranquillement, attendant, comme tout flic véreux qu’il n’est pas, sa petite commission. La fille de son amie se défenestre à la vue de l’Arachné. Mangate, zigounette à l’air, est pris en flagrant délit d’un abus sexuel improbable par sa compagne. Alors qu’il veut s’expliquer, en se rendant compte du ridicule de la situation, une autre mort a lieu sous ses yeux. Puis, c’est au tour des voisins. Pas facile d’expliquer à ses collègues ce qu’il en est. Une seule solution, fuir.

Quand on a la chance de côtoyer un faussaire unijambiste que l’on peut faire chanter, on peut se retrouver avec une nouvelle identité d’ici la fin de la nuit. Il faut faire disparaître les corps. La nuit promet d’être longue, d’autant que l’ennemi public de Mangate, véritable psychopathe, hante les rues. Cédric Mangate va en parcourir des kilomètres. De boîtes de nuit en entrepôts désaffectés, de pompes funèbres en immeubles cossus, avec sans cesse un passage par la case départ, cette nuit essaime ses morts. Et ça tombe plus vite qu’à Stalingrad. L’araignée, pendant ce temps ? Elle est en vadrouille. Et elle se terre. L’appât du gain la tente aussi. Quoi de plus confortable qu’un sac de billets ?

Jan Thirion, réalise, avec Ego fatum, un petit polar sans prétention, bien écrit, avec un style légèrement déjanté. Les morts absurdes s’enchaînent, et cet homme qui, somme toute, réussit à garder la tête froide, s’écroule au moment où il semblait sauvé (ça me rappelle l’histoire du fou qui voulait s’évader de l’asile aux cent murs d’enceinte et qui, au quatre-vingt-dix-neuvième faisait demi-tour). Il est regrettable, cependant, de voir l’Arachné, seule héroïne de ce thriller à hémoglobine, se faire éclater pour mieux ressusciter. La toile du roman perd un peu de son brillant. Cela dit, si l’Ego fatum nietzschéen de Jan Thirion est symbolisé par une araignée - qui a entendu parler du fameux effet araignée et de ses répercussions à l’autre bout du monde ? - c’est aussi pour figurer cette petite folie que nous avons tous enfouie au plus profond de notre cerveau.


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Julien Védrenne, le 26 janvier 2007 - article2783.html
Jan Thirion, Ego fatum, Éditions Krakœn, novembre 2006, 188 p. - 8,00 €.
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