Défendre la littérature et les "auteurs de l’écrit" comporte certes une bonne part d’actions juridiques ou militantes, qui relèvent du combat, de la mobilisations de forces vives. Mais il faut aussi à tout cela un peu de douceur, un peu de simple bonheur dispensé et, à cet égard, les prix et bourses décernés par la Société des Gens de Lettres sont d’une grande importance. Outre ces récompenses, il arrive parfois qu’une lumière vive vienne, de temps en temps, briller plus fort à l’hôtel de Massa et trouer la clarté casanière des remises de prix bisannuelles - telle une distinction exceptionnelle accordée à l’un des membres de l’éminente confrérie d’écrivains. Comme en ce mercredi 20 décembre, où Georges-Olivier Châteaureynaud devait recevoir officiellement les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur. Ce fut une cérémonie intimiste, émouvante, loin de la presse fébrile des soirées de Grands prix...
Il fallut patienter quelque temps - André Bourin, à qui revenait la mission de remettre la décoration au nouveau Chevalier, avait rencontré, semble-t-il, des soucis de transport. Cela permit, bien avant le buffet de conclusion, aux uns et aux autres de se saluer, de bavarder, de témoigner du plaisir éprouvé à rencontrer Untel que l’on n’avait pas vu depuis longtemps... et à moi de glaner quelques informations dont celle-ci : Alain Absire a dû tout récemment reprendre ses fonctions de président de la SGDL. François Taillandier a en effet préféré démissionner et revenir à son seul travail d’écriture. La vénérable Société du Faubourg Saint-Jacques a des exigences si impérieuses qu’elle vient à bout des meilleures volontés - mais ceux qui la gèrent lui sont si dévoués qu’il n’y eut pas un instant de flottement. Les droits des auteurs et la valorisation de leur travail ne souffrent pas la moindre vacation, surtout à l’heure des multiples problèmes soulevés par les nouvelles technologies.
Tout de noir vêtu - à l’exception des chaussures dont la teinte semblait répondre à la chevelure mal disciplinée (mais contraint-on ses cheveux quand on ébouriffe le monde dans ses livres ?) d’or pâle... - Georges-Olivier Châteaureynaud écouta, visiblement ému, sa vie et son parcours d’écrivain - pour le moins riches, et loin de l’uniformité étale des existences banales - retracés par André Bourin. Et Georges-Olivier Châteaureynaud d’évoquer à son tour les liens de fraternité littéraire et d’amitié qui l’attachent à celui qui va l’adouber chevalier. Un rien solennels, ces deux discours prononcés avec papiers en main avaient malgré tout la saveur de la parole nue troublée par l’émotion et la chaleur de l’estime réciproque. Sans oublier ce qu’on y sentait de dévotion profonde à l’art d’écrire et à ceux qui le pratiquent.
Vint le moment où André Bourin épingla l’insigne à la poitrine du récipiendaire... L’on se dit, alors, que le choix du noir pour le costume n’avait pas seulement été motivé par la solennité, forcément un peu austère, de la circonstance : sans doute avait-il aussi été inspiré par ce que le feu rougeoyant du ruban allait gagner en éclat sur un tel fond...
Accorder le Ruban Rouge à Georges-Olivier Châteaureynaud c’est, bien sûr, honorer la littérature, la faire rayonner hors du seul champ des arts et de la culture. Et c’est beaucoup plus que cela : adouber Chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur un écrivain qui dit de lui-même qu’il tient boutique en songerie revient à légitimer la rêverie, à donner à l’imaginaire droit de cité. N’en déplaise aux catastrophistes : une société qui admet l’inclination à rêver au point de la sacraliser par une si haute récompense et de portée aussi étendue que la Légion d’honneur n’est pas aussi perdue qu’on veut parfois le clamer. Il n’y a pas encore lieu de désespérer tout à fait d’elle...
Les livres de Georges-Olivier Châteaureynaud sur lelitteraire.com
Le Jardin dans l’île
Singe savant tabassé par deux clowns
Mécomptes cruels
... et un long entretien par ici
Pour en savoir plus sur l’Ordre de la Légion d’honneur, visitez son site officiel
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