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Nanteuil, été 44, des résistants sont coincés dans le clocher de l’église. Des soldats allemands les guettent, écrasés par la chaleur, un peu désœuvrés et dépités. La Wehrmacht est en déroute. Un peu plus loin, dans un autre village, un groupe de résistants s’organise avec plus ou moins d’enthousiasme. Ces résistants apprennent en cours de route, sur leur vieux camion déglingué, que des négociations sont en cours. Heureux et soulagés de ne pas avoir à se battre, ils s’arrêtent à une auberge au bord de l’eau pour boire, manger et batifoler dans les herbes. Mais un officier allemand arrive dans le village pour reprendre en main la compagnie allemande et reprendre les négociations. Va-t-il remettre la machine de guerre en marche ? Les hommes de la compagnie allemande hésitent : la veille, ils ont pendu un "terroriste" mais ils ne veulent plus se battre. Leur dernier espoir : se livrer aux Américains qui approchent.

Tous, Français et Allemands, attendent quelque chose, coincés entre la guerre qui s’achève et la paix qui s’annonce. C’est un film sur l’attente. Tous les sens sont en éveil : un bruit léger, un petit mouvement ou un simple détail visuel peuvent annoncer le salut, l’après-guerre. On guette le moindre signe. Ces résistants du dimanche, un peu enivrés, sont vite dégrisés et rappelés à l’ordre par les cloches de l’église qui annoncent la fin de la trêve. Le combat doit-il reprendre ? Inquiets, ils montent sur un arbre pour surveiller le village dont le clocher se détache sur la campagne vallonnée. Un camion allemand s’approche avec un canon attaché à l’arrière.

Mais dans un tel contexte, comment interpréter les signes ? Ces camions allemands qui rentrent dans le village désert avec des canons, ne transportent pas de munitions mais d’excellentes bouteilles de vin, de la bière et du cognac. Cette présence symbolique des canons dans le village masque l’absence de munitions ; tandis que les Allemands se mettent à boire à leur tour, l’offensive se prépare.

J’aime ce film et je veux le défendre, parce que c’est un film de guerre où les Allemands parlent allemand. Remarquable. C’est un film de guerre parce qu’on y voit des hommes tirer, on y voit des hommes mourir mais jamais on ne voit les hommes frappés par les balles. Jean Dewever a refusé ces images faciles. La qualité des plans, la rigueur du montage et la mécanique si précise de l’enchaînement témoignent d’un profond respect du spectateur. Il est tellement facile de construire des mythes par le cinéma. Mais le cinéma n’est peut-être vraiment grand que lorsqu’il détruit ces mythes et se place là, au cœur de ce processus, de cette cristallisation de désirs collectifs, de projections. On est loin de la misère symbolique des grandes productions simplistes parce que c’est un film de guerre qui se situe hors du champ de bataille.

À sa sortie, le film a été censuré, interdit aux moins de 16 ans. Au début des années 1960 le mythe de la résistance fonctionnait à plein. Montrer un résistant, à l’embonpoint plus que prononcé, le bandeau des FTP au bras, à moitié éméché avoir du mal à descendre d’un arbre n’était pas politiquement acceptable. Ce film refuse tous les mythes et remplace les héros par des hommes, pris dans une guerre totale et inhumaine qui les domine. Ce film est-il humaniste et désabusé ? Il est désabusé parce qu’humaniste. On pense à Jean Renoir et à sa Partie de campagne qui se déroulerait en pleine guerre.

Frappé par la modernité de ton et d’approche du film, François Truffaut a écrit à Jean Dewever en 1979 :
Elle n’est pas mince ma fierté de voir "les honneurs de la guerre" figurer désormais au catalogue du Carrosse et je tenais à vous le dire car j’aime ce beau film indémodable et j’ai la certitude qu’il sera mieux vu et apprécié par la nouvelle génération de spectateurs. 
Alors si ce film n’a pas été assez vu depuis 1961, il est temps de le voir en cette fin d’année 2006 et de le sortir enfin d’une confidentialité qu’il ne mérite pas.



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Camille Aranyossy, le 21 décembre 2006 - article2761.html
Jean Dewever, Les Honneurs de la guerre (1961), DVD format PAL édité par Doriane Films, novembre 2006, durée : 84 mn - 25,00 €.
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