On peut le dire : la littérature d’heroic fantasy, née avec Tolkien, a explosé ces dernières années. Elle s’est imposée davantage encore avec le film tiré du Seigneur des Anneaux et semble avoir atteint aujourd’hui une bonne et sympathique vitesse de croisière. Les amateurs de SF se plaignent d’en être submergés tandis que les aficionados ont désormais l’embarras du choix. Avec des cycles comme Le Trône de fer de Martin, L’Épée de vérité de Goodkin, L’Assassin royal de Hobb, La Roue du temps de Jordan, La Belgariade de Eddings, pour ne citer que ceux-là, les fans de fantasy peuvent se permettre de se montrer difficiles.
C’est donc la plume acérée que l’on s’attaque au cycle de Keyes, en pleine actualité éditoriale - le troisième et dernier tome sort en grand format chez Fleuve Noir, collection "rendez-vous ailleurs" en même temps que le premier est réédité en poche chez Pocket Fantasy.
L’histoire se passe dans une sorte d’Europe féodale revisitée. Keyes prend son temps pour nous présenter ses différents personnages mais il en profite pour distiller un étonnant folklore autour du Roi de Bruyère. L’utilisation par touches d’un vocabulaire un peu vieillot renforce l’immersion.
Historiquement parlant, mais sans entrer dans les détails, l’humanité est sortie du joug de l’esclavage au prix de sacrifices inhumains mais en prenant le risque de réveiller un mal pire encore. Ce mal est personnifié par le Roi de Bruyère, composé des éléments de la terre et de la forêt, esprit maléfique s’il en est, et source de malheurs plus horribles les uns que les autres...
Et nous de suivre plusieurs personnages dont les histoires finiront par se regrouper : Anne, une des filles du roi, tête brûlée qui refuse l’ordre établi. Neil MeqVren, chevalier hors pair au sens de l’honneur surdimensionné. Stephan Darige l’érudit apprenti moine, aussi avide de connaissance qu’on le serait d’or et de diamants, Aspar White le forestier qui enquête sur les étranges événements survenus dans les bois du roi dont il a la charge... Autant de figures intéressantes et attachantes.
Même s’il ne révolutionne pas le genre, Keyes réussit petit à petit à nous captiver. Il y a ce qu’il faut d’intrigues de château, et la magie, sous le contrôle de l’Église, est originale. Mais surtout, l’auteur fait habilement monter la sauce et termine ce premier volume en beauté. La lecture des deux prochains confirmera-t-elle ces premières impressions ? Comptez sur votre serviteur pour répondre à cette question...
Lire ici la chronique consacrée à l’édition grand format.
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