Le glaive ou la balance ?
Depuis que Laurent Lèguevaque a démissionné de la justice en 2005, il écrit avec un talent sulfureux. D’abord sur la justice : Un juge s’en va (Archipel, 2005) puis Plaidoyer pour le mensonge (Denoël, 2006). Il publie dans la foulée son premier roman : Je ne parle pas aux femmes (L’écailler du sud, 2006), qui vient de paraître et reçoit un accueil remarquable du public. Le voici à nouveau sur le terrain de la justice (où on ne l’attendait plus) avec ce futur livre de "libres entretiens sur le thème de la justice dans les présidentielles de 2007", co-écrit par Frédéric Mazé, jeune journaliste indépendant à Tours et chroniqueur au Littéraire. Le titre annoncé est : "Justice : aime-la ou quitte-la !"
Nous avons décidé de vous en livrer la genèse. Futur opus riche en propositions - et en critiques du système judiciaire actuel...
Genèse
Par Frédéric Mazé
18 h 25, début du XXIе siècle, mon téléphone sonne.
- Allô, Frédéric ? Ici Laurent... Je repense à notre conversation de l’autre jour.
- Eh bien ? ... (Il me dérange un peu : j’ai un article à terminer).
- Aujourd’hui, nous connaissons à peu près, sinon les programmes détaillés, du moins les déclarations d’intention des candidats à la présidence de la République.
- C’est vrai. (Je brûle de le presser mais son débit est rapide. Il parle le souffle court, signe d’énervement.)
- Le pays est fichu, Frédéric, en France et pour longtemps, on continuera avec une mauvaise justice. Je prédis d’autres affaires d’Outreau. Rien ne changera.
- Mais si, voyons. Tous les candidats, toutes les candidates, souhaitent la réformer en profondeur.
- Non, pas en profondeur, en surface ! Aucun ne recentre le débat sur l’humanité des juges. Maudits technocrates ! Ils empêchent les politiques de déceler le vrai malaise.
J’écourte notre conversation, poliment, avec un art consommé. Je connais Laurent Lèguevaque : pas un excité, ni même un exalté, pire - un passionné. Il a démissionné de la magistrature après avoir été pendant treize années juge d’instruction... Pour écrire sur la justice. Dommage, il était mon seul ami juge (ce qui pouvait être utile, puis, des amis écrivains, ça, j’en avais déjà une palanquée : journaliste indépendant, j’occupe l’essentiel de mon temps à chroniquer la vie littéraire).
Nous raccrochons. Je me remets à l’œuvre. Et, au soir, j’y repense. Le doute me tenaille, comme on lirait dans les livres.
Flûte, je le rappelle.
Genèse
Par Laurent Lèguevaque
21 h 15. Rien à faire, j’ai beau avoir rendu mon tablier, je suis inquiet pour la justice, un peu comme on le serait pour un enfant. L’échéance électorale approche - les présidentielles, tout de même ! Tous y vont de leurs trains de mesures techniques, réforme de procédure, modifications de textes... Le problème n’est pas là, enfin ! Et si je proposais un autre article à la page "Débat" du Monde ? Voilà qui me calmerait... Tiens, mon téléphone !
- Allô Laurent, ici Frédéric... J’irai droit au but : accepteriez-vous que je débarque demain chez vous, un magnétophone à la main, afin que nous reparlions ensemble de justice ? Nous prendrons le temps qu’il faudra. (Surprise...)
- Pourquoi ?
- Parce que l’enjeu est essentiel. Pour éclairer mon vote... Et pour un tas d’autres raisons que nous découvrirons en cours de route.
- D’accord, à demain, disons, 10 heures...
Ainsi naissent les textes, de rencontres... Frédéric Mazé... Un littéraire pur jus, amoureux de Louis Ferdinand Céline. Il porte encore le deuil douloureux de la mort de son mentor Jean-Edern Hallier. Et après ? Les littéraires font d’excellents interlocuteurs - des candides intelligents. Essayons !
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