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Hanter à ses heures les chemins un peu secrets de la web-TV, que d’aucuns prétendront sans doute, faute de les connaître, un peu sulfureux, amène inéviatblement à de multiples rencontres. Dont certaines s’avèrent in fine porteuses de beaux fruits : ainsi Frédéric Grolleau est-il devenu, au cours de ses pérégrinations télévisuelles, l’ami de Frédéric Mazé, journaliste à Tours, qui a entre autres œuvré pour la télévision "toilée" et la radio. En impitoyable sergent recruteur, notre fondateur et chef suprême s’est empressé de lui proposer d’écrire pour Le Littéraire. À quoi Frédéric (Mazé) a répondu par cette chronqiue où l’on sent poindre une plume vive et aiguisée - qui tel un dard doit savoir piquer là où ça fait mal dès que le besoin s’en fait sentir...


Jacques Baguenard, expert international et professeur de sciences politiques, connaît les hommes politiques. Il sait bien que le pouvoir rend complètement fou. L’auteur le dit lui-même : 
Les hommes politiques monopolisent le jeu politique en nous prenant en otages pour régler leurs propres déséquilibres tout en faisant croire qu’ils gèrent notre destin.

Il a suffisamment sondé les profondeurs de leur ego à travers sa mission de professeur de sciences politiques, sondé aussi les méandres et les circonvolutions programmatiques de ces figures caricaturales, pour savoir qu’ils congèlent ou carbonisent leurs enfants. Expliquons. Personne ici-bas ne pourrait prétendre succéder à François Mitterrand ou à Jacques Chirac sans être vampirisé par eux en plein envol. Bonjour l’inanité commémorative des bustes en bronze et des statues de sel.

Les hommes politiques ont constitué année après année le laboratoire des recherches universitaires de Jacques Baguenard. Préfaçant ce subtil pamphlet, Bernard Thomas, journaliste au Canard Enchaîné illustre le propos de Jacques Baguenard :
L’idée qui paraît à première vue choquante s’impose comme une évidence. Le pouvoir est une drogue dure. Il modifie le comportement de personnes qui, sans lui, seraient sans doute "normales", jusqu’à les faire agir de manière insane. Les conditions dans lesquelles il s’exerce aujourd’hui, malgré les efforts incessants vers la démocratie, n’ont pas amélioré les dérives.

Ainsi, l’auteur a-t-il jaugé les comportements de ces hommes publics, leurs maladies narcissiques (et c’est là une grande partie de l’objet de ce travail) dont les rejaillissements sont parfois pathétiques. À partir de notions utilisées en psychologie, il parvient à analyser les maux de ces hommes mus par l’ambition démeusurée. Il a pu nous éclairer sur les règles et les dérèglements récurrents qui fabriquent par sédimentations successives les lois imperturbables de ce monde impitoyable dont nous sommes les témoins chaque jour. Le monde politique (où les pires ennemis de chacun se trouvent dans le marigot amical) est peuplé d’étranges shaddoks, qui pompent et re-pompent en profondeur la moelle démocratique, pour assouvir leur addiction au pouvoir, au risque de pomper les citoyens par une succession de feuilletons et de chroniques lamentables qui finissent par déclencher leur désintérêt funeste et irrévocable pour la chose publique.
Après plusieurs livres consacrés au sérail, à ces hommes, à leur parcours politique, Jacques Baguenard démontre, dans Les drogués du pouvoir, les turpitudes intimes qui attisent leurs frustrations, façonnant réussites successives pour les uns, ou échecs incontrôlables pour les autres.

Pourquoi cette quête maladive et violente du pouvoir abîme-t-elle ces gens-là, obsédés à l’extrême, jusqu’à se qu’ils se barbarisent et deviennent les propres victimes de leur boulimie ? Pourquoi cette aventure macrophage et individualiste se dénue-t-elle d’enjeux collectifs et de projets sérieux ? Pourquoi ces épopées sont-elles amputées de sens et valorisent-elles la lutte pour la lutte et la victoire électorale comme ultimatum ? Le pouvoir certes, mais le pouvoir pour quoi faire ? Voici quelques-unes des questions qui devraient tarauder ces hommes affamés, assoiffés de victoires électorales mais inutiles et incapables d’assurer l’avènement d’une société meilleure. De l’extrême droite à l’extrême gauche, un seul credo : Calife à la place du calife !

Porteurs d’une ambition philosophique réduite à la quadrature d’un nombril, voici passés au crible les comportements ineptes et invariables de Michel Rocard que détestait son père et qui trébucha obstinément sur la dernière marche du pouvoir, camouflant difficilement son malaise avec la grâce des grands soirs victorieux... Voici les péripéties giscardiennes que les fantômes de la défaite de 1981 hantent comme au premier jour. Voici le retour de Lionel Jospin et son insulaire syndrome de ré-intégration du boccage politique, empêché par la désaffection réitérée des Français... Voici le vorace Jacques Chirac mangeur de frères et d’enfants à chaque nouveau festin électoral, qui subit sept à cinq ans de digestion paralysante.

De droite comme de gauche les hommes sont analysés avec une justesse opportune, Jacques Baguenard dressant un diagnostic inquiétant du bestiaire politique, à l’avant-vieille des élections présidentielles de 2007. La France est malade et à sa tête, la chaise musicale des camés du pouvoir a commencé. Ils sont déjà tous emportés par leur dépendance, et ont abandonné depuis longtemps toute mesure de bon sens et tout projet de bonne gouvernance. Les drogués du pouvoir ? À lire et à méditer avant mars 2007.

Frédéric Mazé



Il y a 5492 signes dans cet article.
La rédaction, le 3 novembre 2006 - article2686.html
Jacques Baguenard, Les drogués du pouvoir (Préface de Bernard Thomas), Economica, septembre 2006, 212 p. - 14,00 €.
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