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Les Obsédés Textuels ont fait salle comble pour leur soirée de rentrée consacrée au roman historique. Lelittéaire.com y a rencontré Patrick Rambaud, prix Goncourt 1997, qui publie Le Chat botté, son troisième roman consacré à Napoléon.
 
Que pensez-vous des rencontres comme celles organisées par les Obsédés Textuels ?
Patrick Rambaud : 
C’est une bonne idée, c’est bien que cela existe. Personnellement quand je sors un livre, je prends trois mois pour circuler un peu partout en France dans des grandes librairies, dans les salons. C’est toujours important de rencontrer les gens et de voir leurs réactions aussi. Donc, cela fait partie de la sortie du livre... Et puis c’est reposant, parce que quand on écrit des livres on est enfermé quand même... Et c’est bien de temps en temps de sortir, de voir du monde. Là par exemple je reviens de Besançon, et après je vais aller à Bruxelles : je me balade, cela fait beaucoup de train... Par ailleurs j’ai remarqué que c’est la première fois où il y avait autant de sites internet, qui vont finir par remplacer la télévision. Parce qu’il n’y a plus d’émissions littéraires ou presque, de moins en moins en tout cas, et elles ont de moins en moins d’impact sur les lecteurs.
 
Pour en revenir à votre livre, après L’Idiot du village, vous retrouvez Napoléon, votre thème de prédilection.
Oui ,tout le monde me disait : c’est pour quand la suite ? Alors je n’ai pas fait de suite, mais j’ai fait comme Star Wars, je suis reparti en arrière dans la jeunesse des personnages. La vraie suite des trois premiers est trop connue : les Cents jours, Waterloo, l’Île d’Elbe... On en a marre, il y a eu tellement de choses là-dessus... Moi je préfère prendre justement les épisodes méconnus. Comme la période qui précède le Directoire que j’ai choisie dans Le Chat Botté : c’est une époque où tout se passe, une époque de fous furieux... C’est une époque très instable, on ne sait pas du tout ce qui va se passer. C’est une période de défoulement en même temps. 
 
Dans le Chat Botté, Napoléon n’est
presque pas le personnage principal...
Il est toujours là, sans être le principal. Dans La Bataille, on le voit finalement assez peu. On le voit, mais pas tant que ça dans la campagne de Russie. Il apparaît davantage dans le troisième volet qui était L’absent, parce que c’était l’Île d’Elbe et son premier exil. Mais il est toujours derrière, c’est lui le fil conducteur de tous ces livres, tout se passe quand même autour de lui.
 
Est-ce que tous les faits sont vrais, comme le passage où Napoléon aurait lancé la rumeur sur Louis XVII ?
Oui, tout ce qui est historique est exact bien sûr. Certains passages de fiction permettent simplement de prendre des personnages d’époque typiques et de les balader. Cela permet de faire la construction du récit, car ils sont plus souples que les personnages historiques. On ne peut pas mettre une moustache à Napoléon par exemple... Je ne fais pas non plus complètement ce que je veux parce qu’une fois que les personnages même de fiction sont posés, il faut qu’ils suivent leur trajectoire et qu’ils soient vraisemblables. C’est en effet à ce moment-là que Louis XVII est mort. D’où suspicion, tout est politique, donc tout est récupéré par les uns et par les autres. Napoléon et Barras étaient en tout cas présents au moment où cette rumeur a été lancée...
 
Qu’est-ce que vous admirez chez Napoléon ?
Je n’ai pas d’admiration. Tout a commencé à cause d’un projet de Balzac qui n’a pas abouti : il s’agit de La Bataille. C’est un sujet dont Balzac a parlé pendant quinze ans, et il en a écrit une demi-ligne. C’était là mon point de départ : pourquoi s’est-il intéressé à cette bataille d’Essling que très peu de gens connaissent, et pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Donc il fallait le faire. Moi je crois qu’il ne l’a pas fait parce que le cinéma n’existait pas. Le seul moyen de traiter cette bataille de deux jours et deux nuits pour en faire toute une histoire, ce sont les mouvements de caméra. Et Balzac n’était pas assez visuel pour le traiter, c’est en tout cas comme ça que j’imagine les choses...
 
Vous êtes cinéphile ?
J’ai passé trois années de ma vie à la cinémathèque dans les années soixante où je voyais entre trois et cinq films par jour, au lieu d’aller à la fac. J’ai donc une culture cinématographique de l’époque, c’est plutôt genre Renoir et Fritz Lang. Je ne vais plus au cinéma aujourd’hui.
 
Est-ce que vous allez revenir sur Bonaparte dans vos prochains romans ?
En tout cas là il s’agit d’un volume isolé, donc il faut peut-être continuer. On le voit partir en Italie, il faudrait bien peut-être raconter ce qu’il y fait. Mais je vais ntercaler des petits livres, d’autres choses pour montrer que je ne fais pas que cela quand même. Là par exemple j’ai envie d’écrire une grammaire pour les gamins. C’est une idée que nous avons eue le même jour ensemble avec Erik Orsenna. Alors lui a fait des contes, moi j’ai plutôt envie de la raconter. J’ai un petit-fils, et quand je vois ses livres de classe, cela m’affole. Il a 7 ans et il ne sait pas encore lire couramment alors qu’avant on apprenait à 5 ans... Cela veut probablement dire que la méthode est idiote. C’est pour cela que j’ai envie de raconter la grammaire sous la forme d’un dialogue avec un enfant. Pour l’instant c’est en route, je vais voir, mais je continuerai après avec Bonaparte en Italie. Mais là pareil, je prendrai une période très courte, trois mois, c’est cela qui m’intéresse le plus. Et en cinémascope toujours....
 
Qu’est-ce qu’a changé le prix Goncourt dans votre vie ?
Tout. Le temps surtout : un livre comme celui-ci prend entre deux ans et demi et trois ans à cause de la documentation. Et là, j’ai le temps de prendre du temps... Je n’aurais pas pu avant. 
 
Vous êtes également connu pour vos parodies comme celle de Margueritte Duras, vous avez d’autres projets dans ce domaine ?
Une parodie, c’est de la critique en fait. Et la parodie écrite est difficile parce qu’il faut d’une part que vous ne supportiez plus la personne parodiée, qu’elle ait la grosse tête et qu’on la reconnaisse facilement. Donc il faut qu’elle ait un style très particulier. Margueritte Duras pour cela, c’était parfait : cela a donné Margueritte Duraille. Mais qui a un ton aujourd’hui ? Cela doit s’imposer, ce n’est pas quelque chose que l’on cherche. Et actuellement je ne vois personne...

Patrick Rambaud, Le Chat botté, Grasset, août 2006, 334 p. - 18,90 €.
 
NB - Prochaine rencontre des Obsédés Textuels le mercredi 25 octobre à 20h à l’Hôtel Lenox Montparnasse. "Écrits dans la marge : Transgressions, Folies et Catastrophes". Avec la participation de : Stephen Carrière pour Comme des Héros sans Guerre (Albin Michel), Eduardo Carrasco Rahal pour La place du Fou (Denoël) et Karim Amellal pour Cités à comparaître (Stock).
Voir
le site des Obsédés Textuels. 


Il y a 6821 signes dans cet article.
Charles Dupire, le 24 octobre 2006 - article2676.html
Propos recueillis le 27 septembre 2006 au bar de l’hôtel Lenox Montparnasse.
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