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Pôle noir
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Nous partons à la découverte de la Chine contemporaine par le prisme d’une enquête policière décapante grâce à Peter May qui s’est lancé dans une folle entreprise : écrire six thrillers se déroulant dans la Chine contemporaine pour mieux approcher les sujets d’actualité que sont les OGM, l’émigration, le vol d’antiquités ou le trafic d’organe. C’est d’ailleurs de ce dernier sujet, délicat, que traite ce troisième opus de la série qui a vu Meutres à Pékin, le précédent ouvrage, inscrit sur la prestigieuse liste des finalistes du Prix des Lectrices de ELLE 2006. Ce qui n’est que justice car Peter May fait preuve, en sus d’un indéniable talent de conteur, d’une formidable connaissance du monde asiatique appuyée par une documentation exemplaire sur les mœurs chinoises.

Alors que le chantier d’une future banque sino-américaine est inauguré sous une pluie battante, la pose de la première pierre met à jour des morceaux de corps de jeunes femmes dissimulés dans les fondations. Aussitôt le gouvernement chinois dépêche son meilleur limier en la personne du chef de section Li. Mais comme le scandale est mondial, et que les USA sont partie prenante dans la construction de la tour qui doit abriter la nouvelle banque, l’on associe au commissaire chinois le docteur Margaret Campbell, pathologiste de renom... qui est aussi devenue la maîtresse de Li (voir les deux premiers ouvrages de la série). En arrivant de Pékin, Li se voit affublé d’une adjointe - au même grade que lui - pour l’aider dans son enquête. Ce qui aura de fâcheuses répercussions sur le déroulement de l’enquête, les deux jeunes femmes se crêpant le chignon plus souvent qu’à leur tour.

Construit sur une trame classique, ce thriller n’en est pas moins captivant car il pénètre les arcanes du système chinois. Le talent de Peter May, ancien scénariste de la télévision écossaise, aura été de parvenir à inclure des informations sur la ville de Shanghaï, les coutumes chinoises, les procédures administratives, les codes de conduite... etc. sans alourdir le récit et ainsi créer une atmosphère imprégnée d’un rare réalisme qui glace le sang. Les séances d’autopsie sont crues mais d’un intérêt tout scientifique. Les décors, où se mêlent la Chine ancestrale et la fureur de la modernité, qui font de Shanghaï la ville la plus occidentale du pays, aimantent l’attention et plongent le lecteur dans un monde incroyable où l’on mange du chat sauvage, des scorpions frits ou le sexe d’un crabe tout en pianotant sur des ordinateurs, où les vélos sillonnent encore les rues tout en côtoyant des voitures ultramodernes et hors de prix. Pays de la démence et des extrêmes, la Chine s’est bien réveillée...

A tel point que les corps retrouvés dans ce chantier ne seront pas le fait d’un tueur en série mais bien les restes d’une incroyable opération de trafic d’organes et d’avortements, dans un pays qui affiche toujours le principe de l’enfant unique mais dans lequel les femmes se sont aussi libérées. Paradoxe impossible entre la rigueur de façade des conventions et des lois, et la réalité d’une société qui migre lentement mais sûrement vers l’attrait des plaisirs faciles et de la consommation instantanée. Porté par deux acteurs entiers et rayonnant, ce roman qui se lit comme un film projeté sous vos yeux, vous laissera un goût de nouveauté, une découverte d’une partie du monde avec qui nous allons partager désormais bien des choses...



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Nicole Raffin, le 27 octobre 2006 - article2674.html
Peter May, Les disparues de Shanghaï (traduit de l’anglais par Ariane Bataille), Éditions du Rouergue, octobre 2006, 362 p. - 19,00 €.
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