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Noire daube...

Comme ingrédients de base pour un thriller, on ne saurait trouver mieux que des meurtres en série commis à la manière vampirique. Surtout si l’on pimente l’énigme principale d’un mystère second, qui de plus établit un fil conducteur entre le présent roman - dont le héros est un personnage récurrent - et ceux qui l’ont précédé. Disons tout net que James Patterson a bien mal servi son sujet. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir inclus dans le récit des scènes de crime, de traque, jusqu’à une séance torride - enfin, qui se voudrait telle - de séduction avant meurtre dans une suite d’hôtel à Las Vegas... les vampires sont beaux comme il se doit, agiles, cruels, d’un irrésistible érotisme, portent crocs... tout y est. Le sang, aussi, bien entendu. En regard de ces tueurs, les flics. Et un héros-narrateur persécuté par un « Cerveau ». Oui, vraiment, tout y est.
 
Mais l’auteur semble tout ignorer de l’art de suggérer, d’instiller peur, angoisse - bref tout ce sur quoi repose justement le thriller - avec subtilité et ce zeste de perversité retorse qui caractérise les maîtres du suspense. Il manque donc l’essentiel : la tension, l’émotion... en un mot : l’âme ! les descriptions sont plates à bâiller, les dialogues ressemblent pour la plupart à des répliques de théâtre ânonnées sans la moindre intonation par des voix monocordes... C’est un peu comme si d’un plat on n’avait que la recette - les mots sans le mets. Pas de parfum, pas de consistance, pas de flaveur ! Non, décidément ce roman n’a pas d’âme, il n’y a guère d’autre moyen de dire les choses. Pourquoi n’éprouve-t-on rien de la terreur qui est censée étreindre le narrateur lorsque sonne le téléphone et qu’il entend Le Cerveau ? Pourquoi la voix de celui-ci, avec ses particularités métalliques, ne résonne-t-elle jamais dans l’imaginaire du lecteur ? Pourquoi rien de ce qui est décrit, rien de ce qui se passe, ne noue-t-il les nerfs du lecteur ? C’est tout de même fait pour ça, un thriller, non ? Là, échec sur toute la ligne. 
 
Bon, ce n’est pas tout que de tirer ainsi à boulets rouges sur un roman, encore faut-il pouvoir justifier son fiel... Parmi les multiples occasions où la tension attendue tombe à plat, voici comment le narrateur rend compte de sa peur quand, coincé dans un tunnel obscur, il est sur le point d’affronter un tigre :
En entendant feuler le tigre, je faillis lâcher ma lampe ! ce n’était pas forcément intelligent, mais me retrouver seul dans un espace confiné en compagnie d’un fauve était une expérience totalement nouvelle, et ce grognement puissant, répercuté par les plaques de tôle, me terrorisait. Je ne savais plus que faire.
Mais le pire est à atteindre : le dénouement est un monument d’inanité ! après la platitude, l’invraisemblance totale : le flic et le psychopathe s’affrontent au corps à corps (enfin !) ; le premier y gagne un pic à glace planté dans le thorax et se fait enfoncer la moitié du visage, le second se retrouve à demi assommé, les yeux criblés d’éclats de verre. Et comme si de rien n’était, tous deux se livrent à la phase ultime de leur petite guéguerre psychologique en jouant du regard, se toisant mutuellement tout en déclinant à tour de rôle l’un ses prouesses macabres, l’autre ses explications psychologico-familiales... dire qu’il n’y a pas même de quoi soupçonner l’auteur d’avoir voulu donner dans le second degré !
 
En usant du vampire et du psychopathe persécuteur comme ingrédients de base, James Paterson devait être certain d’avoir de l’or sous la plume. Mais le résultat semble tout droit sorti d’un logiciel de création [sic] romanesque, qui aurait épicé le tout de quelques clichés inhérents au métier de flic, tels que la vie familiale difficile et les amourettes de passage. Au fond, l’auteur s’est peut-être tout bonnement ennuyé en écrivant son roman, obéissant davantage à un calcul commercial qu’à une véritable impulsion créatrice. Rien autre ne paraît devoir expliquer une telle platitude ; et ce n’est pas une question de poncifs qui s’accumulent avec autant de prodigalité que les feuilles mortes en automne : il est des auteurs qui font de vrais chefs-d’œuvre à partir des situations ou des thématiques les plus convenues. James Patterson, lui, fait paraît-il des best-sellers. Il prouve ici que les deux termes sont résolument antinomiques.


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Rrose Selamoor, le 29 février 2004 - article264.html
James Patterson, Noires sont les violettes (traduit par Philippe Hupp), JC Lattès "Suspense & Cie", 2004, 384 p. - 20,00 €.
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