Rentrée 2006
On regrettera cette couverture un peu vulgaire qui semble se vouloir aguichante, tout comme cette manie de ne pas respecter le titre original. Insî al-sayyâra, "Oublie la voiture" est le titre choisi par l’auteur, et marque tout aussi bien ce roman satirique puisque tout tourne autour d’une Subaru. Le véritable point d’ancrage d’un récit pimenté qui dépeint la société libanaise actuelle sous ses plus mauvais jours. Et non cette requête ridicule tirée d’une réplique, pour faire "vendreur"...
Tout commence quand le narrateur se réveille chez lui, une jambe dans le plâtre, une canne à ses côtés .. et le souvenir des dernières 24 heures totalement dissipé. Oublié l’accident contre un poteau électrique, perdu le téléphone portable dans lequel résonnait la douce voix de Leïla, mise en fourrière aussi la fameuse Subaru qui lui cause bien des soucis... Puis à l’occasion d’une petite promenade dans son quartier, un voisin lui narre son accident, ses amis lui racontent les détails et tout lui revient en mémoire. Il se rappelle aussi cette maudite envie qui a saisi son père : se remarier, à son âge ! Et qui plus est : vendre l’appartement pour aller vivre chez Z. Mais il ne sera pas dit que tout n’aura pas été tenté pour que cette union ne voie pas le jour. Quitte à pousser Leïla, la douce et écervelée fiancée, dans le lit de son père histoire de lui prouver qu’il ne recherche pas l’amour mais le sexe.
Décrites avec une rare précision, les mentalités libanaises sont ici désossées pour apparaître telles qu’en elles-mêmes : absurdes, futiles, décadentes. Pour quelques dollars une fille vend son corps. Pour quelques dollars de plus, on souhaite que la guerre reprenne histoire de conclure une affaire. Piraterie, copie, détournement sont les buts à peine désavoués des petits entrepreneurs avides de profits rapides. Débordés, déboussolés, anéantis par le nouvel ordre mondial et la cupidité, les Libanais ont perdu tout sens de la mesure. Paraître et jouir facilement semblent être les deux mamelles qui gouvernent la société, décadence et corruption les deux adages qui minent le gouvernement. C’est donc en toute logique que les fondamentalistes de toutes les religions s’en donnent à cœur joie. Et que le pire n’est pas encore arrivé au pays du cèdre... Un livre instructif.
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