Rentrée 2006
La collection "Pollen" des éditions Alternatives se veut le lieu de rencontre d’un texte et d’un peintre venu célébrer le mariage des mots et des images. Ce tour du monde des écritures reprend ici des textes anciens, datant du Moyen-Age, l’âge d’or des comptines et des ballades... Mais surtout celui de l’amour courtois. En effet, deux cycles définissaient la manière de vivre dans la société médiévale des années 1350-1465, l’année civile et l’année liturgique. Le calendrier courtois associait les deux et empruntait l’idée des étrennes du premier de l’an au calendrier civil. Les cadeaux de ces dames étaient de superbes broderies ou des ouvrages aux enluminures symboliques. On les appelait les livres d’heures que l’on pouvait aisément reconnaître par la prédominance de deux couleurs allégoriques : le vert (couleur du renouveau) et le bleu (symbole de la fidélité).
Les œuvres de Christine de Pisan - (re)découverte et éditée par Maurice Aumage voilà deux ans - et de Charles d’Orléans représentent ce qui se fait de mieux dans la littérature amoureuse du XVe siècle. Ces deux grandes figures de la poésie courtoise affichent un lyrisme étonnant qui, à n’en pas douter, sera le moteur des poètes à venir. Comme leurs pairs, ces deux figures de la littérature de leur époque useront de l’allégorie pour peindre dans leurs poèmes, avec une infinie originalité, l’expression du sentiment amoureux.
Aujourd’hui, en France et en Angleterre, des lectures des poèmes de Christine de Pisan se font chaque jour. Charles d’Orléans, quant à lui, sera l’un des précurseurs de notre manière de lire avec toute la sensibilité littéraire qui nous a été transmise grâce à ses écrits. Ainsi le romantisme et le symbolisme seront les dignes héritiers de ces poésies...
Christine de Pisan, qui a hérité la beauté de sa mère et la grande culture de son père, osera, alors veuve à 20 ans, se lancer dans une carrière littéraire pour subvenir à ses besoins... et elle y réussira avec brio, recevant l’aide financière de Louis d’Orléans, le père de Charles. Elle fut l’auteur de plus de deux cents ballades, virelais, rondeaux... et d’une quinzaine de livres dont un essai, La Cité des Dames, chef-d’œuvre de littérature courtoise ayant pour sujet la défense de la condition féminine et qui jouera un grand rôle dans l’amélioration de celle-ci. Mais être toute vouée à sa cause ne l’empêche pas de regarder - encore - les hommes et de décrire ainsi Charles d’Orléans comme un homme beau de corps, de très douce et bonne physionomie, gracieux en ses plaisirs, riche dans ses habillements.
Lui aussi frappé par le malheur - deux fois veuf - et embastillé par les Anglais à la suite de la bataille d’Azincourt, pendant quinze longues années, il n’aura de cesse de chanter l’amour...
Trente ans séparent ces deux poètes qui se sont croisés furtivement à la cour du roi de France. Ce livre aux superbes enluminures tente de combler ce fossé en associant ces deux voix singulières qui psalmodient la douleur de l’absence, le poids de la solitude et la douceur d’aimer... Dans un souffle mélancolique, les vingt-six textes extraits de leur œuvre et enluminés de magnifique manière par Diane Calvert nous offrent un intense moment d’émotion. D’un côté le poème, de l’autre l’enluminure réalisée dans le plus grand respect des traditions et techniques anciennes - notamment l’utilisation des pierres semi-précieuses pour la fabrication des couleurs. Ainsi près d’une cinquantaine de lettrines et enluminures habillent-elles cette joute poétique d’une robe de lumière et de feu pour célébrer cet homme et cette femme qui composent une ode à l’amour et à la douceur d’aimer.
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