http://www.lelitteraire.com
l'Actu des livres
 Contacter
 François Xavier
Ses derniers articles :
Gottfried Salzmann
Entretiens sur la poésie
Le scandale McEnroe - Rentrée 2006
Franchir le Rubicon - Le déclin de l’Empire américain à la fin de l’âge du pétrole
Le nez de Rembrandt - Rentrée 2006
Egoïste, infime - Rentrée 2006
Sindbad le marin
Fragments d’Angola
Le Grand Soir - Rentrée 2006
Le cœur sacré - Un atlas chirurgical du corps humain
Journal d’Hirondelle - Rentrée 2006
La Septième ville
Eté strident - Rentrée 2006
Pluie et papier
Ingres et l’Antique
La Faille syro-africaine
Déraison
L’héritage de Sharon - Détruire la Palestine, suite
La ruse de vivre - état des lieux
Le cousin de Fragonard - Grand Prix du Roman 2006
  
3190 articles en ligne


On jette !
afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article

Rentrée 2006

Pisse-froid

Alexandre Dumas était un modèle du genre, un "pisse-copie" magnifique, un maître du feuilleton et du roman à rebondissements. Frédéric Dard était aussi un maître : San Antonio paraissait deux à trois fois l’an avec une maestria jamais écornée et un sens de la formule qui égayait les zygomatiques. Parce que c’était de la littérature, et ce n’est ni le style ni la langue qui l’éloignaient de ses repères. San Antonio dépassait les bornes mais demeurait un plaisir intense et une leçon de sémantique appliquée au monde d’aujourd’hui. On ne peut pas en dire autant de mademoiselle Nothomb qui s’est crue capable de tenir la distance depuis un certain mois de septembre 1992 où elle publia le remarquable Hygiène de l’assassin repris au théâtre par un Desarthes dithyrambique...

Grisée par deux autres livres à peu près potables, la jeune Belge s’est crue autorisée à n’en faire qu’à sa guise, encouragée dans sa vile démarche par un éditeur plus connu pour ses forts tirages que pour la qualité de ses publications. Chaussée d’un chapeau informe et toute de noir vêtue, la sorcière des meilleures ventes attire en tant que phénomène mais ses écrits pissent froid un style absent et des phrases creuses. Mal écrit comme est mal cuisiné un plat à emporter, ce livre n’est même pas à consommer brièvement sous peine de maux d’estomac. Livré avec une jaquette aussi aguicheuse que le clown McDonald - qui doit offrir des jouets pour faire passer le mauvais goût de ses steaks trop cuits - cet opus mièvre est un pétard mouillé de plus dans l’inénarrable maelström de livres publiés seulement par intérêt. Écrire de la littérature populaire et l’éditer est un acte de civilité, mais produire du déchet intellectuel mis en boîte comme un produit marketing, c’est se payer la tête du client. Lire populaire ne veut pas dire lire idiot, mais lire simple et léger pour s’amuser.

Il n’y a rien de plus difficile que d’écrire des choses légères de qualité, relisez les entretiens des regrettés Audiard et Goscinny pour vous en convaincre. Les inoubliables dialogues de film écrits par Michel Audiard et les scénarii inventés par René Goscinny sont des perles d’intelligence mises à la portée de tous par un extraordinaire talent de vulgarisation. Ici, rien sauf un nom un peu trop mis en avant sur la couverture. Mais en fait de contenu, un océan de platitude et de reflets qui n’offrent rien d’autre que l’ennui...

On nous vend ses excentricités comme autant de qualités littéraires, alors que la seule raison pour laquelle on fait mousser le personnage Nothomb est l’insignifiance de sa prose. Passée du stade d’écrivain à celui de phénomène de foire,
demoiselle Nothomb exhibe son intimité en affichant son goût pour les fruits pourris, et des manies vestimentaires qui la rapprochent davantage de Morticia Adams que de Grace Kelly. On en vient donc à se demander si l’on achète un Nothomb pour son contenu ou pour suivre une mode, faire partie d’un clan. Drôle de famille menée par une harpie mal dégrossie qui ne sait pas se tenir en société : lors d’un cocktail à l’Institut, on la vit jouer des coudes comme un pilier du XV de France pour atteindre le buffet et s’y tailler la part du lion. Arrogante jusqu’au bout des doigts, qu’elle enferme dans des mitaines atroces, elle se targue d’écrire trois romans l’an et de n’en choisir qu’un (le moins mauvais ?) pour publication. On respire alors d’aise en songeant à quoi l’on échappe.

Si l’on ouvre ce quinzième opus des aventures mercantiles de demoiselle Nothomb au pays des Lettres, nous observons le subterfuge habituel par lequel on gonfle les livres minces : on augmente les marges et la taille des caractères. Histoire de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, on "tire" donc ainsi les probables quatre-vingts pages originelles de ce livre vers les plus-de-cent. Il entre dans la catégorie des inutiles, des parasites que l’on oublie sitôt refermés mais qui, imposés par cartons entiers aux libraires, noient l’espace des vitrines au lieu de demeurer cachés au fond des stocks et nuisent tant aux autres, aux véritables écrits qui eux méritent toute notre attention.

Si l’on s’ennuie ferme dans un train et que l’on n’a pas le choix, on se risquera à lire ces pages vides pour y découvrir un coursier devenu tueur professionnel ; Urbain, un autre assassin en somme, comme il y a quinze ans : tiens tiens, la source de demoiselle Nothomb serait-elle en train de se tarir ? Et derechef un assassin qui ne ressent rien, ne veut rien, sinon toucher à son but : massacrer ses congénères avec malice, enivré par les vapeurs des chansons de Radiohead. Atteindre sa cible quoi qu’il en coûte comme l’atteint ce livre en vous délestant de 14,50 euros qui auraient certainement été beaucoup mieux dépensés autrement. Car lire les pensées (sic) de cet ordure qui ne semble exister que pour tuer n’apporte rien. Ce n’est ni drôle, ni cynique, ni poignant. C’est pathétique ! Sans compter que le grain de sable qui vient dérégler la belle machine à tuer, tout droit sorti du tiroir fade et jauni des astuces de séries B - l’amour soudain pour sa prochaine victime - achève le récit dans une guimauve suave qui donne la nausée...

À cette abondance indigeste et arrogante de livres publiés à la rentrée (683 romans, du délire !), il convient de dire stop ! Nous sommes las de voir publier tout et n’importe quoi - de préférence n’importe quoi - sous prétexte qu’il y a des gogos à berner et de l’argent à gagner, las de ces conglomérats industriels ou de ces hommes d’affaires sans foi ni loi qui rachètent les maisons d’édition et leur imposent les lois absurdes du marché. On jettera donc ce livre aux oubliettes - clin d’œil à notre regretté Jean-Edern - et on passera très vite à autre chose ...



Il y a 5792 signes dans cet article.
François Xavier, le 29 août 2006 - article2583.html
Amélie Nothomb, Journal d’Hirondelle, Albin Michel, août 2006, 140 p. - 14,50 €.
©2004 LELITTERAIRE.COM. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction.

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article
générer une version PDF de cet article Version PDF



Rencontre à la librairie Ombres Blanches
Programme avril/mai des rencontres au Centre culturel irlandais
Ecrire en 4 D
 
http://www.lelitteraire.com
COUPS DE CŒUR
Les articles les plus consultés
 Recherchehttp://www.lelitteraire.com
ARCHIVES

Romans | Nouvelles | On en parle | Pôle noir | SF | Essais/documents | Inclassables | Poésie | Poches |
On aime ! | On jette ! | DVD | Théâtre | Les érotiques | Événements | Entretiens | Dossiers | BD |
Jeunesse | Manga | Beaux livres | Arts croisés | Le littéraire TV |

Copyright © 2004-2007 lelitteraire.com - Tous droits réservés - Site optimisé 1024x768 - IE 5x et +

Rédaction
Contacts
Mentions Légales