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Romans
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Duel au soleil

À écouter - ou à lire - la plupart des médias, l’Iran serait essentiellement peuplé de barbus fous de Dieu qui cherchent à tout prix à acquérir la bombe atomique pour détruire Israël. Mais au-delà de cette vision simpliste d’un des pays les plus anciens du monde, il y a une histoire et une culture que peu de gens connaissent - sans doute est-ce pour cela qu’on en parle autant. L’Iran a eu le malheur d’avoir du pétrole dans ses sous-sols et d’attirer ainsi les grandes compagnies occidentales venues piller ses richesses. L’Iran a eu aussi le désagréable privilège de vivre des années de plomb sous le régime fantoche d’un Shah corrompu aux sirènes américaines puis de basculer dans le cauchemar de l’obscurantisme religieux. D’un extrême l’autre le pays a implosé dans ses différences, dans tout ce qui faisait sa richesse, cette mixité culturelle et ethnique entre les populations du Nord et celles du Sud, entres les Pachtounes, les Kurdes, les Ouzbèks... etc. devenus frères ennemis au lieu de s’unir sous le drapeau humaniste de certains hommes forts, visionnaires d’un Iran libre et indépendant, comme le fut Mohammad Mossadegh (1882-1967), que le pouvoir corrompu de l’époque n’hésita pas à lâcher. Le peuple alors tenta de se soulever, et avec lui un jeune homme qui vit le jour en 1961 dans le nord de l’Iran.

Evrahim Baran participa à la révolution de 1979 : il hurla, il se battit, il espéra... et finit par échouer dans les geôles du Shah. Il fut contraint de faire son service militaire sur la ligne de front dans la guerre Iran-Irak, durant quatre mois de plus que ses condisciples en guise de punition, tout en attendant son procès. Il fut sauvé par un jeu de circonstances qui n’appartient qu’à l’Histoire et parvint à s’exfiltrer jusqu’en Belgique où il s’installa en 1986. Reconnu comme exilé politique il s’adonna alors à ses premières amours et devint traducteur pour les ONG. Puis il publia un premier roman (Pressé Immobile, qui fut très vite suivi d’un second (De ce côté du Mur).
Et voici le troisième.

Pour cet auteur humaniste et non violent, il y a une étape dans son parcours d’écrivain qui devait le mener à aborder le thème de la révélation. Basant son roman au XIXe siècle pour mieux stigmatiser les strates de la société construite sur le respect des valeurs et de la tradition, Evrahim Baran nous propose un conte oriental pour nous amener à réfléchir sur le monde musulman tentant son virage vers la modernité. Des racines ancestrales et tribales aux sirènes de l’Occident, les Iraniens sont déchirés. Les clans s’affrontent sur des thèmes séculiers (le clan du Fer contre le clan du Cuivre) pour mieux masquer cette volonté de demeurer dans le mysticisme. Quand les soufis aspirent à la paix et à la vie harmonieuse entre les hommes, les fondamentalistes veulent encore dominer par la peur et la contrainte. Autres temps autres mœurs, soit, mais l’amour qui est censé faire vivre le monde - et aussi toutes ces religions qui s’en inspirent - se voit encore bafoué par le vil mépris affiché par les seigneurs de la Loi.

Parcours initiatique de Mola, un jeune garçon plein d’avenir et amoureux de la fille qu’il ne faut pas convoiter, ce livre narre les sept étapes par lesquelles le héros devra passer pour parvenir à ses fins. Desseins des hommes au-delà du possible, choix et engagement personnel, désir et fragilité des êtres... le chemin n’est pas celui de Damas mais il s’en rapproche. Dans cet Orient d’amour et de feu, l’étincelle n’est pas loin, qui fera fondre les cœurs ou brûler les âmes perdues. À chacun son choix.



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François Xavier, le 27 août 2006 - article2579.html
Evrahim Baran, La Septième ville, éditions Maelström, juin 2006, 192 p. - 17,00 €.
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