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Je ne suis pas une fan de polars. Je n’aime pas les romans policiers. Ni les thrillers d’ailleurs. Sans doute à cause de la langue. Car en étant honnête je raffole des films policiers. Français ou Américains. Anglais ou Allemands. Même les séries débiles sur TF1 je les regarde avachie dans mon canapé. Alors que fais-je ici dans la rubrique des Policiers ? Me suis égarée. La faute au hasard. A ma rédactrice en chef qui m’a envoyé ce livre. Devoir de vacances, qu’elle a dit. Y’a pas que les doigts d’pieds en éventail ! Et zou ! Pour ma pomme. Moi l’amoureuse du grand style. La romantique qui n’aime que les phrases de dix lignes avec de l’imparfait du subjonctif me voilà dans les bas quartiers... Hé bien pas du tout ! Serait-ce un don du ciel ou l’esprit clairvoyant des éditeurs de chez arHsens édiTions qui ont eu le nez creux ? Un peu des deux puisque la vérité n’est jamais là où on l’attend. La garce. C’est certainement la morale de cette histoire loufoque que nous narre le cynique Bruno Giroux dans une langue aérienne de l’oralité ici recomposée sous mes yeux. Pour un franc-parler nous voilà fort aise. Et très bien servie. La narration est piquée avec tact. Les situations cocasses sont dépeintes avec précision. Le scalpel est cinématographique. Les scènes dignes des séries d’été. Mais qu’importe ! La mayonnaise prend dès le premier chapitre. On aime cet imbécile de Patrick Cailloux qui joue les premiers rôles. On aime son allure déjanté du minet en muscles. Moi qui n’apprécie que les courbes chatoyantes de mes amies, je me suis régalée des délires macho de cet énergumène.
La caricature du maître nageur est tordante. Voilà bien un polar de rire ! Si ce n’était quelque crime un peu trop affreux. Mais la mort d’autrui est toujours affreuse. Si bien que l’on oublie l’hémoglobine pour rire des intrus qui surgissent à la piscine comme guignol et ses amis sur le front d’une scène improvisée pour jouer les apprentis citoyens déjantés. Mais d’autres cadavres viennent s’étaler sous ses fenêtres. Pas moyen d’y échapper. Faut appeler les flics. Et comme le hasard n’existe pas dans les statistiques criminelles, deux morts en une semaine et la même personne qui les trouve, forcément, ça devient suspect. Soit notre Cailloux est un sorcier qui débusque les macchabées, soit il les trucide lui même. Ce qui pourrait arriver si on lui cherche trop de poux dans la tête. Car rien ne doit venir troubler son petit univers. Son train-train quotidien. Les vieux à l’ouverture. L’aquagym à midi. Et bonnet bleu ou bonnet rouge, le soir, dans son lit.
Bruno Giroux, professeur d’EPS qui sévit en Guadeloupe, a été maître-nageur avant d’être pigiste pour un magazine télé. On ressent bien le vécu et cette morgue affichée par les forts en muscles qui arborent un QI digne d’un ficus (c’est lui qui le dit). C’est sans doute le seul polar que j’aurais aimé de ma vie. Puisque je resterai sur cette très bonne impression...
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| Bruno Giroux, Le maître noyeur, coll. "Blanche", arHsens édiTions, juillet 2006, 248 p. - 18,00 € |
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