Jean Auguste Dominique Ingres (29 août 1780 - 14 janvier 1867), est un révolutionnaire, un insolent qui osa tout remettre en question, trouvant que le XIXème siècle était un peu trop étroit pour lui. Il fut l’un des artistes les plus troublants de ce siècle, à l’instar d’un Baudelaire ou d’un Delacroix. Ingres est un artiste exceptionnel qui a d’ailleurs son mini site dédié au sein du Louvre virtuel.
À 9 ans, initié au dessin par son père, il s’éprend d’une grande passion pour la peinture. En 1801, il est lauréat du prix de Rome ; dans l’attente de son départ, il s’installe au couvent des Capucines transformé en ateliers d’artistes. Il deviendra l’élève de David et participera à l’élaboration des catalogues des collections antiques que les troupes de Napoléon rapportent de leurs différentes campagnes militaires ...
Si Ingres apprend Rome à Paris, c’est à Rome qu’il découvre la Grèce, car Rome est un lieu d’émulation intellectuelle et de rencontres qui le projettent au-delà des frontières et lui ouvrent les horizons de la terre nourricière de ses idéaux esthétiques. Ce pays où il n’ira jamais, il le découvre par le récit de jeunes archéologues. Fasciné par l’Antiquité, Ingres n’aura de cesse de rechercher dans les objets anciens l’inspiration, un guide aussi pour maintenir à un toujours haut degré d’excellence le travail qu’il accomplit chaque jour. Dessinant croquis et esquisses, fouillant les archives des missions archéologiques, photographiant et peignant la force qui se dégage de cette époque.
L’œuvre gigantesque laissée par Ingres est un éloge au grand genre, la peinture d’histoire. Toute son œuvre est jalonnée de peintures magnifiant des légendes ou des grandes dates de l’Histoire. S’il s’est permis, parfois, modestement, quelques détours par des épisodes de la Bible, il apparaît qu’il les a toujours maintenus hors du temps officiel de l’histoire, comme pour les suspendre hors de la réalité. Une manière de différencier son interprétation dans la manière dont le spirituel s’invite dans le monde des arts.
Si l’on demeure pétrifié face à une toile d’Ingres, cela est en partie dû à la fascination, à l’attirance extrême qu’exerce sa peinture car elle tient dans un magnifique paradoxe : elle est extraordinairement intelligente, tout en restant prisonnière d’un immobilisme qui tend à nier toute vraisemblance. Peut-être est-ce pour cela que l’on sera davantage attiré par ses portraits, d’une vivacité et d’une psychologie exceptionnelles, que par ses grandes fresques historiques dont les personnages, statues adoptant des postures sibyllines, offrent peu de repères naturels... Ce que la rétrospective du musée du Louvre qui s’est tenue du 24 février au 15 mai 2006 nous a magnifiquement démontré.
En dépit des apparences, la fascination des amours mortels est bien réelle dans l’œuvre d’Ingres et dès le début de sa carrière le thème de Stratonice est une évidence qui s’impose à lui comme l’expression de la souffrance amoureuse, dont l’atroce tourment conduit à la mort consciente et délibérée. Cette seule réponse possible à l’insoutenable douleur s’exerce insidieusement, au travers de plusieurs projets de compositions. Ingres y cultive le goût de la tragédie grecque propice à de multiples formes d’amours dévastatrices, provoquant les troubles de la chair et de la raison.
L’hommage qu’il rend aux trois tragiques grecs Eschyle, Sophocle et Euripide à l’occasion d’une petite toile datée de 1866, met en scène les trois hommes ou, plus justement, la personnification de leur œuvre.

Esquisse pour Le Bain turc
Thème de ce livre, et des deux expositions qui lui font écho, cette Antiquité si envoûtante pour Ingres qui fut l’un des tout premiers à s’intéresser au décor de bas-reliefs en terre cuite moulée. En effet, l’art étrusque a attiré sa curiosité, et comme toujours, il se plongea entièrement dans cette nouvelle passion. Cherchant à se constituer une documentation graphique complète sur les antiquités étrusques, Ingres s’est orienté d’abord vers l’art grec, comme s’il voulait se donner un canon en référence, un modèle à suivre. Il semble qu’il se soit désintéresser de la peinture étrusque tout en continuant son travail de recherche, notamment sur les couleurs. Il n’eut de cesse de puiser son inspiration de coloriste vers l’Antiquité.

Le Bain turc
La photographie constitua aussi pour Ingres un moyen d’expression artistique digne de représenter son art. C’est ainsi que le musée de sa ville natale, à Montauban, a hérité de 426 photographies lui appartenant ... Cette collection est en grande partie constituée de reproductions d’œuvres d’art, les siennes et celles de Raphaël.
En dotant sa ville natale également de son fonds d’atelier et de ses objets d’art, Ingres organise l’épilogue de sa vie qui, bien au-delà de son œuvre, a pour dessein de laisser les traces de son existence. Cet acte médité voit le jour en 1844 lorsqu’il apprend que le conseil municipal a décidé de donner le nom d’Ingres à l’une des rues de la ville. Objets d’attention parmi tant d’autres, une hydrie et un lécythe à figures noires attiques constituent une étranger paire de vases sur le thème du départ d’une divinité en quadrige.
Mais le legs contenait aussi des sculptures antiques en marbre car il considérait la sculpture comme le plus grand des arts des Anciens. S’y ajoute plus de deux cent moulages, répliques de petites sculptures, preuve de son intérêt pour la collection archéologique et d’un savoir qui ira grandissant au fil des années. Plus que Virgile, c’est bien Homère qu’Ingres adule : les libertés que l’artiste s’octroie quand il s’agit de célébrer le poète grec n’ont pas de limites, il va jusqu’à le placer au rang des dieux quand, en 1827, il peint L’Apothéose d’Homère. Le vase grec y réapparaît au travers de la figure d’Alexandre tracée sur le modèle d’un départ de guerrier du peintre des Niobides.
Ce livre splendide, éblouissant d’érudition et de photographies, qui reprend le thème de l’exposition Ingres et l’Antique, dresse pour la première fois, un parallèle entre les chefs-d’œuvre d’Ingres et certaines pièces archéologiques majeures qui ont nourri son imaginaire et sa manière de peindre. Ainsi est tracé un lien invisible entre l’histoire de l’art et l’archéologie. Grâce à près de 350 œuvres présentées, les commissaires de l’exposition parviennent à mettre en exergue les tableaux d’Ingres et les œuvres antiques ...
Ne boudez votre plaisir : foncez au musée et continuez ensuite de vous plonger dans ces splendeurs universelles en feuilletant ce livre unique !
Exposition du 15 juin au 15 septembre 2006 au musée Ingres, à Montauban
Exposition du 2 octobre 2006 au 2 janvier 2007 au musée d’Arles et de la Provence antique
Musée Ingres
BP 752
82013 Montauban
Tél : 05.63.22.12.91 / Fax 05.63.92.16.99
Courriel : museeingres@ville-montauban.fr
Consultez la page du musée sur le site de la ville de Montauban.
Durant l’exposition, le musée Ingres est ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le 15 août
Le billet donne accès aux collections permanentes du musée.
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