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Petit théâtre coréen de l’absurde
A la série de l’arroseur arrosé l’on pourrait ajouter cette métaphore du Coréen qui s’applique l’adage raciste de la vision occidentale - largement portée par Edith Cresson - par laquelle l’individu est renvoyé au rang de fourmi besogneuse. Mais l’on ne doit pas s’y laisser prendre sans un minimum de recul, car Ch’oe Inho est l’une des grandes figures de la littérature coréenne populaire et, s’il s’adonne à ce subterfuge, c’est sans doute qu’il a une bonne raison de tourner ainsi en dérision, et ses pairs, et l’idée que l’on se fait de l’Asie à l’autre bout de la planète ... En effet, le contexte politique qui entoura l’année de publication de ce livre (1977), à un moment où le militarisme de la Corée du Sud, soutenu par les USA n’en finit pas de soumettre la population à une dictature larvée, sous prétexte que demain sera mieux, permet de voir dans ce mini roman une manière de résister au rouleau compresseur qui maintenait le peuple coréen sous la botte de quelques fanatiques. En traitant au premier degré cette histoire d’un homme, habitant dans une tour sans âme l’un des innombrables appartements identiques, victime d’une horde de fourmis, Ch’oe Inho dénonce les victimes expiatoires d’un régime politique. Ce héros, en miroir au héros de Kafka, travaille le jour pour une agence de publicité à inventer des slogans désuets pour vendre des produits inutiles, et combat la nuit les insectes qui envahissent son jardin secret.
Cette tour infernale où les fourmis s’humanisent en calquant leur comportement sur celui des habitants n’est pas sans rappeler le discours idéologique qui s’est abattu sur tout l’Extrême-Orient à la fin des années 1990 et qui a façonné l’essentiel des discours. Une sorte de social-darwinisme qui submergea la Corée et qui tenta de mettre en garde la population contre l’extrapolation des thèses politico-sociales en dehors du périmètre national. Pourtant, à l’instar du philosophe chinois Liang Qichao, nombreux seront ceux qui penseront qu’il en va des sociétés comme des espèces et que le combat les sélectionne. Il y aura les dominées et les dominantes. En jouant des paradoxes et en amplifiant la place de l’anonymat dans nos sociétés modernes, cette manière d’uniformiser l’individu, rend la lecture de ces aventures animalières d’un autre genre loufoques et pimentées ... jusqu’à la chute, grotesque, épicurienne, cynique mais conforme à la logique de l’absurde que le héros aura appliquée depuis le début pour lutter contre le fléau ... Mordant.
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| Ch’oe Inho, La Tour des fourmis (traduit du coréen et postfacé par Patrick Maurus), Actes Sud coll. "Lettres Coréennes", juin 2006, 68 p. - 12,00 €. |
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