Le cancer sioniste
Quand on parle de "cancer sioniste" les pions au service d’Israël poussent leur grand cri d’orfraie : "antisémite !". L’anathème est déversé sur le malheureux qui aura osé dire ce qu’il voit. Et que voit-on quand on regarde avec attention les cartes produites dans ce livre ? Une multitude de petits triangles noirs, matérialisant les colonies israéliennes en territoires palestiniens, pulluler, gangréner le peu d’espace libre qui demeure. D’où ce parallélisme avec le terme médical de cancer. Car, comme la cellule cancéreuse qui se développe hors de son périmètre pour contaminer l’espace libre, le scléroser et l’anéantir à sa cause, les colonies israéliennes font de même. Dans la pratique cela se nomme la politique du fait accompli. Ce que maîtrise également très bien le Maroc vis-à-vis des populations colonisées du Sahara occidental, avec l’ONU qui ferme les yeux depuis deux décennies en attendant l’hypothétique référendum qui devra statuer sur la reconnaissance des aspirations du peuple sahraoui ... Israël fait de même depuis 1967 et la mise en place des colonies sauvages et l’annexion de Jérusalem. Quand le gouvernement en ferme une à grands frais médiatiques, histoire de faire taire celui qui aura un peu trop parlé, les colons s’empressent d’en créer une, deux voire trois autres dans les 72 heures qui suivent.
Cela commence par un drapeau bleu et blanc, frappé de l’étoile de David, planté sur un monticule, dans un champ, près d’un cours d’eau. Puis une caravane est déposée, puis deux, puis dix. On chasse à coups de fusil le paysan palestinien qui accourt, monté sur son âne, pour expliquer que c’est sa terre que l’on occupe ici en toute illégalité. Puis on abat les oliviers, on ouvre des routes. On bétonne ... Tout est fait, en effet, pour détruire la Palestine, pour que toute idée d’un Etat ne puisse jamais être mise en application. Pour rendre, par les actes, toute infrastructure civile, économique, culturelle et sociale impossible ... Et tout le monde se tait. Mieux ! L’on encense cette "politique de paix" menée par un "grand homme d’état". Sharon, le plus raciste, le plus violent, le plus meurtrier des dirigeants sionistes est désormais présenté comme un homme de paix (sic). Et comme personne - ou presque - n’ose dire le contraire pour les raisons évoquées plus haut (cri d’orfraie du CRIF, antisémite, etc.) le bon peuple de France et d’ailleurs est pris pour un imbécile. Pour ne pas dire autre chose ...
Alors oui, il convient, comme un devoir de mémoire, comme un acte d’humanisme, comme une déclaration de solidarité universelle, de dénoncer le lavage de cerveau qu’Israël a entrepris depuis plus de six ans, avec les fameuses propositions extraordinaires de Barak lors de Camp David II, propositions insupportables de naïveté et de perversité qu’Arafat ne pouvait pas accepter - les conseillers de Clinton, après les élections israéliennes et américaines, les reconnaîtront comme fallacieuses (voir Le Rêve brisé : Histoire de l’échec du processus de paix au Proche-Orient (1995-2002) - Fayard 2002, le livre et le film documentaire éponyme de Charles Enderlin, diffusé sur France 2 il y a deux ans). Pour cela, il faut s’informer juste. Comprendre ce qui se joue là-bas. Apprendre à décrypter les informations déversées par la presse. Analyser froidement la situation, sans se laisser aller à telle ou telle inclination.
C’est ce titanesque travail qu’accompli depuis des années Tanya Reinhart, professeur de linguistique aux universités de Tel-Aviv et d’Utrecht. Elle décortique chaque déclaration et analyse les faits qui suivent et dénonce les contrevérités, les amnésies collectives, les mensonges flagrants, etc. Tenant une chronique bimensuelle dans le plus grand quotidien israélien, Yediot Aharonot, elle est au cœur du processus. Après le retentissant Détruire la Palestine, ou comment terminer la guerre de 1948 publié également par la Fabrique en 2002, Tanya Reinhart poursuit ici son inlassable combat pour la vérité (qui est publié conjointement en français et en anglais chez Verso à Londres et New York). Elle confirme ici la vision qu’elle porte sur ce conflit depuis de longues années ; n’oublions pas qu’elle fut l’une des toute première à dénoncer la mascarade des accords d’Oslo.
Car ne nous y trompons pas : la "feuille de route" et le "désengagement", ou tout autre argutie de la sémantique politicienne utilisée par Israël, n’ont qu’un seul but : empêcher par tous les moyens l’existence d’un Etat palestinien viable. Gaza est et devra demeurer une prison à ciel ouvert. Quant à la Cisjordanie, elle ne sera qu’un gruyère morcelé et découpé selon les envies des colons. Le "cancer sioniste" n’aura de fin qu’une fois toutes les régions conquises et mises sous domination. N’oublions jamais qu’en Israël, c’est l’armée qui décide, c’est l’armée qui gouverne en sous-main. Et si la violence a gagné les Territoires dès septembre 2000, ce n’est pas une explosion spontanée, comme la presse s’est complainte à la décrire, mais bien la conséquence d’un plan soigneusement préparé par l’armée qui avait gagné, à l’époque, encore plus de pouvoir en ayant comme Premier ministre son ancien chef d’état-major, Ehoud Barak. Et depuis 1993, date funeste des accords d’Oslo, Israël travaille à la mise en place du vieux plan travailliste Alon qui prévoit que l’état juif conserve 40% de la Cisjordanie, les Palestiniens bénéficiant d’une autonomie relative. Mais jamais d’un Etat ! (La plus forte progression de colonies a débuté au lendemain des accords d’Oslo, sous le gouvernement Rabin - comme quoi Travailliste ou Likoud, même combat ...)
Tout autre discours n’est que vent, billevesée pour gogos sous influence. De nos médias à nos hommes politiques, pas un qui n’ose dire le contraire. Quand ce n’est pas pour applaudir des deux mains en recevant en grande pompe le Premier ministre israélien ... en oubliant le rapport de la Banque mondiale (avril 2005) qui place Israël au deuxième rang pour la corruption (derrière l’Italie) et au dernier pour la stabilité politique ... Et pendant ce temps, on continue dans l’absurde en donnant des leçons à l’Autorité palestinienne et en refusant de reconnaître la victoire des députés du Hamas, légitimement et démocratiquement élus, sous prétexte qu’ils intègrent dans leur programme des fondements religieux inacceptables. On leur préfère les hommes laïcs (sic) et corrompus du Fatah. La mascarade pourrait porter à sourire si derrière ces querelles d’un autre temps, une population civile n’était pas en train d’agoniser ... Mais qu’importe, ce ne sont que des arabes ...
A force de jouer ainsi avec le feu, l’Occident se rend coupable de crime contre l’humanité, et fait le jeu des partis xénophobes et fondamentalistes. Qui voudrait mener à une guerre des civilisations ne s’y prendrait pas autrement ...
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