Les étiquettes et noms d’école font la joie des esprits cloisonneurs en peinture comme en littérature - comme partout ailleurs. Reste que l’Art authentique se joue des murailles, les traverse et les renverse quel que soit le mode d’expression utilisé pour mieux toucher les cœurs et éveiller les esprits. Un artiste qui parviendra à développer sa voie personnelle, nourri certes de ses prédecesseurs ou des contemporains qui l’émeuvent mais affranchi de leurs leçons, aura sans doute quelque difficulté à reconnaître sa place dans une "chapelle" déjà constituée, même s’il revendique certaines fraternités d’inspiration. D’ailleurs, ces "cases esthétiques" sont construites par ceux qui éprouvent le besoin de répertorier et de classer - les critiques le plus souvent - et non par les artistes eux-mêmes, fussent-ils soucieux de se rassembler sous un étendard.
Il faut pourtant reconnaître qu’un mot facilite la compréhension : si vous lisez "impressionnisme", ou "peinture baroque", aussitôt se forme une image mentale cohérente et naissent quelques grands noms à ces dénominations attachés. Si l’"Impressionnisme" n’épuise pas une toile de Monnet, ou de Pissaro, au moins ce mot évoque-t-il quelques œuvres de ces maîtres et évite-t-il de s’éreinter à vouloir rendre compte par les mots d’une toile. Quand vous êtes peintre, que vous souhaitez parler de votre travail, et que vous ne disposez d’aucun outil lexical satisfaisant, eh bien vous l’inventez. C’est précisément ce qu’a fait Otto Kadlecsovics en qualifiant ses œuvres de "surreal-symbolistes" - tout en sachant que ce n’était là rien autre qu’un ustensile approximatif, et qu’il ne fallait pas demander à ce terme plus de services qu’il n’en peut rendre. Au moins permet-il au public de soupçonner qu’Otto n’est pas un portraitiste, ni un paysagiste, encore moins un "artiste conceptuel" ou un "peintre abstrait"...
Otto en quelques termes biographiques rapides - à lui-même empruntés : né en 1932 à Vienne, en Autriche, il y suivra les cours de l’Académie des Beaux-Arts jusqu’à ce que, lassé de la rigidité de l’enseignement académique, il décide de partir pour l’Inde. Il parcourra ainsi plus de soixante pays, avant de se fixer en France il y a maintenant une trentaine d’années. Parmi les peintres qui l’ont le plus marqué, il cite volontiers Botticelli, Goya, Klimt, Ernst, Schiele ou Kokoschka - sans oublier Dali dont il dit ne pas être un inconditionnel et n’apprécier que quelques toiles. 
Otto ne peint pas "d’après nature" : il fixe dans ses tableaux et ses dessins à la plume les images mentales qui surgissent en lui, inspirées par la Bible, les mythologies indienne et gréco-romaine, certains films ou encore par la musqiue. On retrouve dans ses œuvres toute une palette de figures symboliques récurrentes, notamment les sphères, l’élément liquide, les bougies, les coquillages, les arbres - dépourvus de leurs frondaisons... L’être humain est aussi très présent, mais enveloppé d’un environnement plus vaste, comme pour marquer son inscription dans un Tout cosmique au sein duquel il n’aurait pas la prééminence qu’il s’accorde à trop bon compte.
Si chaque motif est représenté avec un profond respect des formes et des proportions, assorti d’une extrême finesse de détail, les confluences d’éléments qu’Otto orchestre donnent à voir un univers au-delà de tout réalisme, qui semble exprimer une foi fondamentale en une certaine unité transcendante aux dissensions et aux confilts de tous ordres. Ce n’est pas pour autant une peinture optimiste, ni une peinture sereine : les sphères se brisent, des crânes rongés apparaissent parfois - l’harmonie et le continuum de la Vie se fissurent. Otto ne bannit pas la tragédie mais il l’insère dans une vastitude qui excède le pathos - douleur, souffrance, deuil, cruauté... ne sont que des composantes parmi d’autres de ce monde où l’homme évolue.
Très souvent, des lignes, des damiers tracent des perspectives projetant vers le devenir. Mais l’on voit presque systématiquement un élément graphique qui vient rappeler l’origine : les tableaux d’Otto sont comme des chemins de temps, montrant l’impermanence et la fugacité - auxquelles échappent ces sphères parfaites et fragiles, empreintes omniprésentes de quelque substance pérenne épargnée par le mouvement universel.
Frappe, dans l’œuvre d’Otto, le fascinant équilibre entre évanescence et densité. Les contours sont affutés et il n’est pas une forme qui s’égare dans l’indécision. Quant aux couleurs, quelles que soient leur tonalité, leur température, elles ont une intensité stellaire. Pourtant formes et couleurs dansent sur la toile - ou le panneau de bois - un ballet de transparences.
Peut-être cette sensation est-elle imputable à cette technique personnelle qu’Otto a développée en s’inspirant du grain d’argent photographique, qu’il a baptisée fine grain et grâce à laquelle ses couleurs acquièrent une texture particulière, allant des éclaboussures en poussière d’étoiles aux infimes pulvérulences imperceptibles - sauf à être tout proche du tableau. Objets et créatures quittent ainsi leur matérialité : c’est leur âme que l’on voit représentée - à la fois dense et intangible.
Certes imprégné de références bibliques ou mythologiques, le style d’Otto est à des lieues d’un quelconque art religieux stricto sensu - bien que l’on y retrouve un peu de la grâce stylisée et hiératique des icônes. Mais sa peinture ouvre comme nulle autre peut-être à la spiritualité, au sacré. Et lorsqu’on la découvre au gré de la visite d’une église devenue espace culturel profane - telle celle des Cordeliers à Gourdon, dans le Lot, où sont proposés tour à tour concerts classiques et expositions d’art - on réalise qu’aucun autre cadre ne saurait mieux lui seoir.
Si d’aventure le Lot s’inscrit sur l’itinéraire à buissons que vous envisagez de suivre en ce début d’été, ne manquez pas de vous arrêter à Gourdon et de franchir le seuil de l’église des Cordeliers. Surtout, prenez votre temps - ou plutôt oubliez-le... Les œuvres d’Otto ne se regardent pas, elles se contemplent. Sans attendre votre consentement elles vous absorbent et vous poussent à l’abandon de toute entrave matérielle...

Un sage a dit Je bois du thé pour oublier le bruit du monde. Et moi je contemple ces tableaux pour enfin connaître le vrai sens du mot "âme". J’entends alors, dans ce long monosyllabe, le vent du non-temps qui souffle aux tréfonds des cœurs et sait abolir les barrières de chair.
Pour contacter directement l’artiste :
Otto Kadlecsovics
Drégoulène
46300 GOURDON
Tel : 05 65 41 07 24
Courriel : otto.kad@free.fr
Otto vous propose également sa galerie virtuelle. Pour y accéder, cliquez ici
NB - Les images illustrant cet article proviennent du carton d’invitation réalisé pour annoncer le vernisage de l’exposition qui a eu lieu le 15 juin dernier.
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