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Alors cynique Tchékhov ?
25 nouvelles inédites - en français - de Tchékhov ! Ces vingt-cinq petites perles furent publiées entre 1883 et 1887 dans des revues de l’époque, d’autres furent présentées en recueils qui connurent un grand succès populaire. On y retrouve les thèmes de prédilection de Tchékhov que sont ses personnages fortement imprégnés de leur époque où les castes sont toujours présentes :le paysage social de la Russie du milieu du XIXe siècle est en effet profondément marqué par le servage qui ne sera aboli qu’en 1860. Ces histoires imaginaires nous paraissent réelles car elles sont en prise directe avec le monde réel. L’art de Tchékhov est bien de nous dépeindre cette société qu’il connaît si bien, ce peuple russe si différent, si bigarré, des hobereaux aux fonctionnaires, des moujiks aux musiciens, tout ce petit monde qui se côtoie sans se voir car les signes extérieurs de pouvoir terrorisent. On vit plus que jamais sous le joug du regard d’autrui, que l’on subit au point de constater que son propre regard en est altéré. Selon sa caste, l’on plie l’échine ou l’on flatte. Et les vies défilent dans un grand gâchis peuplé d’ennui où ni la carrière ni le rêve ne parviennent à briser la neurasthénie ambiante. Âme slave peut-être, âme slave sûrement mais le modèle social y est aussi pour beaucoup dans cette manière de s’empêcher de vivre et de s’imposer des obligations. Seule solution pour ne pas se suicider ? Rire de soi, des autres, du système...
Alors cynique Tchékhov ? Sans doute, en tout cas il n’est pas tendre avec ses contemporains pour notre plus grand bonheur, car il n’est pas qu’un auteur sérieux comme l’on a trop souvent tendance à nous le dépeindre et à l’enseigner dans les écoles ; Tchékhov est aussi un remarquable conteur qui, en quelques mots, croque un personnage et dresse un décor pétri d’ironie. Ridicules, bouffons voire comiques, tous les personnages que vous allez croiser dans ces nouvelles sont à l’extrême de leur statut. Écrits avec un grand réalisme, ces récits brillent par leur insolence et leur authenticité, ils sont justes et pointent leur aiguillon moraliste vers plus de justice. Les larmes silencieuses et invisibles qui planent sur l’œuvre de Tchékhov s’abritent ici, le temps d’une lecture, comme si l’on s’attardait dans un album de famille pour y découvrir les petits trésors oubliés.
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| Anton Tchékhov, Des larmes invisibles au monde (traduit du russe par Lily Denis), éditions des Syrtes, mai 2006, 189 p. - 19,00 €. |
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