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Jan Lars Jensen n’est pas Jack Nicolson. Mais... Dès les premières pages l’on ne peut s’empêcher de penser à Vol au-dessus d’un nid de coucous. Parallèle. Synchronisme. Idée dans l’air. Quand on apprend que Jan se fait interner volontairement. Pour cause de trouble du sommeil. De délire. De peur panique. Le monde n’est plus à son échelle. Le monde le fuit. Le monde lui en veut. Lui en voudra, c’est certain. Dès que paraîtra Shiva 3000. Or, il a paru voilà déjà quelques années. En vrai. Donc, ici, nous sommes dans l’avant. Publication à venir, stress au compteur. Jan fabule. Jan souffre de paranoïa. Il pense que tout le monde va lui en vouloir après la sortie de son livre qui va démontrer que toutes les religions sont identiques. Que Dieu n’est qu’un. Que l’hindouisme, l’islam, le christianisme et la religion juive n’ont pas à se combattre puisqu’elles émanent d’une même source. Le voilà donc qui enfonce une porte ouverte. Comme si on ne le savait pas. Heureusement le sujet du livre n’est pas Shiva 3000 mais bien les turpitudes que son auteur fait vivre à son entourage. Que sa femme Michelle subit avec panache. Ses beaux-parents le veillent. Lui croit que l’on veut l’empoisonner. Il ne dort que d’un œil. La nuit, il se passe de drôles de choses dans l’hôpital. Les infirmières mènent un trafic avec la police locale. La montée. En grand uniforme rouge et chapeau large. Il y a des patients qui disparaissent. D’autres qui surgissent au petit matin. Des nouveaux débarqués dans la nuit. Jan n’en mène pas large. Des fois qu’une nuit sans lune ce serait son tour...
Pour leur entrée dans le monde livresque, les éditions Intervalles publient trois livres, dont ce roman décalé. Le deuxième de ce jeune Canadien plein d’avenir. Un pur produit outre-Atlantique. Techniquement très bien réalisé. Belle couverture à larges rabats. Typographie soignée et inventive. Papier de qualité. Textuellement, on y reconnaît aussi la verve américaine. L’art de planter un décor en quelques mots. La rapidité du style. L’action toujours emballée... Jensen est bien un écrivain anglo-saxon. Canadien, soit. Mais son livre aurait tout aussi bien pu avoir été écrit par un Américain des Rocheuses ou de Miami. Ce qui n’enlève rien au plaisir de lecture. Sauf que l’intrigue s’enlise un peu. Que la fin se fait désirer. Et que le sentiment d’un certain nombrilisme fait parfois de l’œil au coin des pages. Sans doute le syndrome du Deuxième Roman. Ce mal incurable qui fait que, soit l’écrivain adulé en rajoute pour tenter de surfer sur la vague, soit l’écrivain se replie sur lui-même et nous raconte ses petits travers qui n’intéressent personne.
Heureusement, Jan Lars Jensen n’en est pas arrivé à de telles extrémités. Désopilant et satirique, il mène sa barque avec professionnalisme et parvient à guider le lecteur vers son point d’ancrage. Humour et dérision permettent de souffler entre les longueurs et les petits curieux seront toujours amusés de voir l’envers du décor quand un passionné des mots décroche le Graal : être édité par une major américaine. Analyste pointilleux, Jensen met le doigt sur les points chauds du système. Il se moque autant de lui-même que du principe qui régule le monde des Lettres. Attractif. Intriguant. À lire en période de calme, pour ne pas succomber à la folie ambiante...
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| Jan Lars Jensen, Parano (traduit de l’anglais - Canada - par Anne Mornet), Intervalles, mars 2006, 281 p. - 19,00 €. |
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