Ce sixième roman d’un fils prodigue (son papa était Marc Chagall) so british (malgré qu’il soit né dans l’état de New York en 1946) qui écrit si bien le français (dès 1948 il était de retour au pays) qu’on rit aux larmes à ses pics désinvoltes et cocasses, nous entraîne à Montréal sur les traces d’un narrateur malheureux en amour - mais heureux en chansons et récits - qui s’adonne un peu trop à la boisson. Car David McNeil sait de quoi il parle : il est auteur, compositeur, interprète de chansons dont les plus connues ont été interprétées par Yves Montand (Hollywood, Couleurs, Nostalgie d’Angie...), Alain Souchon (Casablanca, J’veux du cuir, Normandie Lusitania), Julien Clerc (Mélissa, Hélène, Les Aventures à l’eau...) mais aussi Jacques Dutronc, Sacha Distel, Robert Charlebois, Renaud, Laurent Voulzy. Le voici engagé dans une aventure essentielle : tenter de sauver et son couple et son œuvre littéraire. Pour cela, il accepte bon gré malgré de suivre le protocole "Minnesota" que les grandes stars du rock ont déjà subi dans une clinique privée québécoise...
Après un feu de joie avec les affaires de son épouse, notre écrivain alcoolique s’épuise en première classe à tenter de contenir son envie de vomir pendant le vol Paris/Montréal. Pour avoir désobéi au steward il est accueilli par la police montée à sa descente d’avion - pour être plus précis, dès sa sortie des toilettes de l’avion - et il doit son salut à l’arrivée de son meilleur ami, Charlies Wood, qui est aussi la star locale de la chanson française. Comme l’on ne résiste pas à la notoriété, les policiers délaissent leur prise et l’écrivain français en mal de Blanche de Chambly s’en va détrousser les bars de la vieille ville dans un sursaut d’orgueil, une dernière cuite - comme tout condamné à droit à une dernière cigarette - avant l’impossible, l’inéluctable, l’incroyable : six semaines sans la moindre goutte d’alcool...
Présenté comme cela on pourrait croire que ce n’est qu’un journal pastiché d’un alcoolique repenti, mais diantre non ! Ce roman est un petit morceau de joie décroché du mur laid et invisible de notre mélancolie urbaine, un instant d’inconscience juvénile que seuls les artistes parviennent à reproduire malgré les années et ainsi faire un pied-de-nez aux institutions, à l’ordre, à la moralité et à tous les imbéciles qui pissent froid.
Reinhart, l’ami rock star de notre narrateur le rejoint dans cette clinique infâme où la souffrance et le repentir semblent être érigés comme seules valeurs possibles pour ne plus être dépendants. Mais Reinhart est encore plus fou que notre héros ; il boit comme un trou et s’amuse à porter la parole brûlante du dépravé innocent qui jouit de sa liberté comme un forcené : point d’habitude ni de routine, il préconise chaque jour un trip différent. Les médecins ne rient plus du tout. Nous si, face aux facéties de ces deux hurluberlus qui inventent les pires combines pour sortir de cette clinique-prison et aller se payer quelques bières et honorer les belles donzelles du Québec. Nourri par une langue qui a su piocher les quelques expressions typiques du Canada, le récit pétille comme les bulles sauvages d’une boisson douce amère que l’on recommande de savourer sans modération...
Il y a 3240 signes dans cet article.