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Vers quel avenir nos chers enfants s’orientent-ils donc ? Sans doute un monde épris de facilité où il suffira de tendre le bras pour obtenir ce que l’on souhaite, les cités de demain seront hyper-sophistiquées et l’informatisation aura gagné en maturité et en possibilités. Mais est-ce cela dont nous rêvons tous ? D’ailleurs tous, justement, n’y auront pas droit. Seuls les plus méritants - ou chanceux ? - auront ce privilège. Les autres seront exclus. Et il semble qu’ils commencent à être de plus en plus nombreux si l’on en croit les derniers événements qui ont embrasés nos banlieues il y a quelques mois... Comme il est facile de désigner un coupable, l’on a de suite montré du doigt ces parents indignes qui laissaient leurs enfants de dix, douze, quinze ans dans les rues après vingt-deux heures. Sans doute est-ce là la clé du problème. Mais si l’éducation est en train de prendre l’eau, ce n’est pas hier que le problème s’est posé. Une certaine dérive a transformé le séculaire "que faire pour son enfant" en un déprimant "qu’en faire ?" pour le moins humiliant pour l’être cher qui se voit soudain la cause de bien des maux... René Schérer, professeur émérite à l’université Paris VIII, s’est spécialisé dans la pensée de Fourier. Il y voit une direction à prendre pour tenter de renverser la tendance et (re)construire l’éducation de demain.
Voici donc quelques inédits datant de 1826 (que La Cagoule avait déjà publiés mais cette édition est depuis longtemps épuisée) qui s’inscrivent dans l’utopie de Fourier mais qui offrent une réelle confrontation entre plusieurs systèmes éducatifs qu’il serait bon de remettre à jour. Il ose affronter les réalités et briser les tabous : l’inutilité de l’éducation donnée, de la scolarisation sans finalité mises en perspective par cette liberté accordée a minima sous la contrainte. Le premier trait de l’éducation sociétaire de Fourier est de renvoyer dos à dos le sévir de la réaction et le laisser-faire d’un laxisme que l’on pensait naguère être l’apanage de la gauche. Faux dilemme car l’enfant est déjà déformé dès la naissance par cette société en dérive, comme l’ont si bien écrit Guattari et Deleuze. Alors, "famille je vous hais" ? Sans doute car l’enfant n’est pas fait pour ce carcan moral qui l’étouffe, pas plus qu’il n’est prédestiné à la socialisation. Pas plus le père que le professeur ne doivent tenter d’ancrer leur instruction dans l’enfant. Car pour celui-ci il n’y a qu’un seul maître, c’est l’attraction par passion. Ses meilleurs professeurs seront ses camarades, le groupe qu’il aura choisi.
Très bien indexé et présentant en fin de volume une chronologie de la vie de Fourier, ce livre a le mérite de remettre sous les lumières contemporaines une pensée particulière qui s’attelle à trouver les impossibles solutions à la question de l’avenir de nos enfants en évitant de les faire s’affronter mais plutôt en ouvrant un champ infini de combinaisons pour leur offrir le meilleur.
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| Charles Fourier, Vers une enfance majeure (Textes sur l’éducation réunis et présentés par René Schérer), La Fabrique éditions, février 2006, 233 p. - 15,00 €. |
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