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Romans
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Trente-huitième numéro à paraître au catalogue des Allusifs, maison indépendante sise à Montréal. Toujours accompagné de son marque-pages personnalisé. Toujours aussi joliment mis en page. Ce premier - et dernier - roman d’un Antillais de 27 ans est paru pour la première fois en 1972. Ladoo est issu d’une famille de paysans de l’île de la Trinité où il naquit en 1945. Il émigra au Canada en 1968 et fit des études de lettres à l’Université de Toronto. Il mena une double vie. Serveur la nuit. Étudiant le jour... En 1972 il obtient sa licence ès lettres. En septembre de la même année, la maison d’édition anglophone House of Anansi Press publie son premier roman. Il devient très vite une personne en vue. Obtient une bourse et retourne dans son pays natal en août 1973 pour travailler sur divers projets littéraires. Mais la Faucheuse l’attend à la sortie d’un bar où il est battu à mort. Il mourra dans un fossé comme un chien malade. Il avait tout juste 28 ans.

Il nous laisse ce livre comme preuve de son talent. Une écriture juste. Claire. À la poussée violente. À la croisée des chemins. Une écriture témoin qui suit les personnages. Qui suinte la peur. La sueur et les ravages de l’alcool. Une musique qui glace le sang de ces pauvres hères issus d’une famille hindoue perdue aux Antilles. Le XXe siècle s’ébroue à peine. La pauvreté s’abat comme la pandémie des temps modernes. Le riz ne rapporte plus et les pluies d’août embourbent la vallée. Le père boit plus que de raison. Il cogne aussi sur sa femme et ses enfants. La terreur crisse sous les mots. La narration s’arrache aux canons pour épouser les termes crus et anachroniques du père malade de haine. Les enfants souffrent. Le désespoir coupe en deux la nuit. La survie devient la seule lumière. Le front en nage, les enfants pleurent jusqu’au fin fond de la nuit...
Puisque Bondieu les a abandonnés, Manman n’a plus de raison de s’opposer à la déchéance mentale. Et la folie sera sa seule échappée possible. Faute de quoi les rats ou les serpents les mangeraient. Il ne faut pas dormir sinon le Diable s’emparera de vos âmes. Les esprits sont malins.

Telle une tempête tropicale - ou un typhon - s’abattant sur votre tête, ce livre, unique par son style et sa narration, vous déchirera l’âme. Car il ne se préoccupe pas de vous être agréable. Il ne cherche pas à vous faire rêver. Il témoigne d’une vérité. Il est authentique.



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Annabelle Hautecontre, le 7 mars 2006 - article2278.html
Harold Sonny Ladoo, Nulle douleur comme ce corps (traduit de l’anglais - Canada - par Marie Flouriot et Stanley Péan), Les Allusifs, février 2006, 169 p. - 13,00 €.
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