Il y a dix-huit ans que je t’ai tuée.
Alors qu’il disperse les cendres de son chat mort de vieillesse, un jeune homme se remémore l’été de ses dix ans et avoue en même temps sans le moindre regret un crime impuni. Avec une distance glacée il raconte très précisément son histoire ; si terrible que d’emblée on le plaint tout en ressentant un malaise mêlé de fascination qui ne nous quittera plus jusqu’à la dernière ligne.
Tu étais de ces mères pieuvres qui ne laissent pas leurs enfants grandir. Ton fils ne put t’échapper que par une rupture définitive, et tu resserras ton emprise sur ta fille. Après son mariage, tu te logeas chez le couple comme une tumeur maligne, et ma naissance te fournit une raison supplémentaire d’imposer ton dévouement. Il ne fallait pas que je t’échappe. Je perdis toute chance d’y parvenir avec le décès de mes parents qui me livra tout entier à ton affection vorace ; sans difficulté, tu obtins la garde de ton petit-fils. J’avais quatre ans, quand ton amour baveux comme une chair de mollusque se referma sur moi.
Les deux protagonistes vivent dans une harmonie feinte tandis que l’enfant supporte de plus en plus mal l’incessant chantage affectif de la vieille dame. Sous le soleil morvandeau et au milieu d’une nature qui rythme les émotions, victime et bourreau vont s’affronter en un combat presque silencieux où tous les coups sont permis, où chaque cri étouffé fait un peu plus monter la tension.
A l’instar de Simenon ou de Colette, c’est un félin qui se trouve au cœur de cette histoire. Un adorable chaton noir libre et frondeur que le narrateur baptise curieusement Démon et qui devient pour l’enfant orphelin l’objet d’une passion exclusive. Durant ces deux mois de vacances, Démon va canaliser haines, rancoeurs, jalousies et changer définitivement l’existence des deux personnages principaux.
Ce roman est aussi un hymne à la nature que l’enfant, semble apprivoiser comme il apprivoise Démon, petit arbitre infernal et cruel. Une nature d’abord effrayante et hostile qui se mue peu à peu en alliée.
Sylvie Huguet nous avait charmés avec son dernier recueil de nouvelles fantastiques Les Griffes de Shéhérazade. Elle nous envoûte avec ce Démon aux digitales, roman initiatique au charme vénéneux, danse de mort fascinante et terrible.
Il y a 2281 signes dans cet article.