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Poches
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Quand on aime, c’est bien connu, on ne compte pas. Ou si peu. Alors, pensez donc, deux livres de Ian Rankin - cet auteur qu’on aime bien au litteraire.com - qui vous parviennent en même temps, voilà une promesse de bon moments de lecture en perspective ! Les préjugés cependant, qu’ils soient bons ou mauvais, peuvent à tout moment être démentis ; et il suffit parfois d’un seul livre pour que la réputation d’un auteur souffre d’un soudain déficit. De ce point de vue, lire dans la foulée sinon en parallèle Piège pour un élu et Rébus et le loup-garou de Londres est fort instructif. Dans le second, Rankin et Rebus sont d’ores et déjà des superstars, l’un chez les auteurs de roman noir, l’autre chez les investigateurs jusqu’au-boutistes ; dans le premier, John Rebus est fidèle à lui-même, id est il galère et nous enchante.

Piège pour un élu met en effet aux prises Rebus avec un specimen de ce qu’il abhorre le plus au fil de ses enquêtes, soit LE politicien. Ici, Gregor Jack, jeune et brillant député ... mais qui se fait surprendre dans un bordel lors d’une rafle de police. Pour une fois néanmoins Rebus est plutôt tendre avec l’individu en question issu tout comme lui des couches ouvrières de la population du Fife. C’est ce préjugé positif qui va être combattu par l’acariâtre policier, toujours hésitant quant à sa relation avec le docteur Patience Aitken, et qui fait tout l’intérêt du roman. Jack a bien besoin il est vrai d’un soutien car la presse à scandale est déjà sur ses talons et sa carrière politique paraît fort compromise une fois sa photographie en tête de des tabloïds écossais...

Une fois n’est pas coutume, Rankin excelle à décrire les tergiversations infinies et les coups de génie du buté Rebus qui n’en fait qu’à sa tête et entreprend de démêler un à un tous les fils de l’écheveau qui noue inextricablement le politicien aux membres de la Meute, ce groupe d’amis toujours soudés depuis les bancs de l’école. Mais les choses se compliquent quand l’épouse de Jack continue de jouer les filles de l’air ...avant que d’être retrouvée morte. Jeu de fausses pistes et complots à tout-va, le lecteur en a pour son argent dans ce Piège pour un élu grâce à un Rebus plus opposé que jamais à sa hiérarchie et qui carbure à l’instinct, ce qui nous vaut encore une belle galerie de portraits.

John Rebus n’est jamais aussi excellent que lorsqu’il oeuvre dans la campagne écossaise, entre crachin et frimas. Avant de se bourrer la gueule le soir dans le premier pub venu. C’est notre préjugé à nous - et l’on ne doit pas être les seuls à le partager, vu qu’Edimbourg vient d’officialiser un "parcours Rebus" dans la ville pour les touristes ! Voilà pourquoi on se sent moins à l’aise avec ce roman-ci, qui nous propose un protagoniste désemparé pour cause de déclagae horaire et topographique, vu qu’il vient d’être dépêché à Londres, après sa traque magistrale d’un serial killer dans L’Etrangleur d’Edimbourg, pour aider la police londonienne à mettre la main sur un tueur en série qui sème la terreur sur place, après avoir assassiné une jeune femme dans Wolf Street (rue du Loup) et en laissant à chaque fois une morsure sur le ventre de ses victimes.

Mais l’enquête piétine ici, Rankin semblant vouloir surtout traduire l’embarras d’un Rebus pataud (ah, le cliché de l’Ecossais moqué par l’Anglais !) face au métro de la City ou aux mouvements de foule et d’humeurs des citadins. Puis mis dans une position inconfortable par ses « collègues » de la Metropolitan Police. Tout cela est un peu convenu, de même que la venue d’une mystérieuse, jeune et jolie (tant qu’à faire) psychologue avec qui il ne va pas tarder à s’envoyer en l’air et que la quatrième de couverture du roman, lourdaude au possible, pointe comme « pas si innocente » que cela tandis qu’alternent avec la progression de l’enquête les soliloques du loup-garou présenté comme un mixte féminin/masculin des plus psychotiques...

Curieusement, Rébus et le loup-garou de Londres pourrait être le premier livre guère abouti d’un Rankin pas encore connu ou son dernier, quand lassé des méandres psychologiques de son anti-héros, il nous le peindrait pris aupiège de sa propre notoriété - devenant tellement célèbre que son nom figurerait par exemple dans le titre du roman le décrivant. Bref, on ne retrouve pas ici le mordant habituel du taciturne policier écossais et l’humour que Rankin tente en vain d’insuffler à l’intrigue ne fait que rarement mouche. Sans parler d’un grotesque rebondissement dans la traque du loup-garou dû à une interprétation du statut du point-virgule dans une lettre anonyme d’icelui, ou d’une course poursuite en jaguar empruntée en fonction d’une soudaine intuition herméneutico-linguistique... Sur fond d’art outrancier et de désamour filial hautement destructeur, on ne sait pas trop comment prendre ce volet des aventures de Rébus : galéjade ou coup de pompe de Rankin ?

Seule rayonne ici, à titre de leitmotiv, la fameuse formule que l’inspecteur écossais va faire sienne pendant longtemps : TAJT (toi aussi je t’emmerde) et qu’il ne cesse de balancer en son for intérieur à tous ceux dont il désapprouve le comportement. A tout le moins et à la limite, nous voilà rassurés : comme John Rebus, Ian Rankin aussi a ses hauts et ses bas. Le démiurge demeure un mortel au même titre que les autres, qui doit apprécier la Guiness davantage que l’ambroisie.



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Frédéric Grolleau, le 4 février 2006 - article2221.html
Ian Rankin, le Livre de Poche, 2005
 Piège pour un élu (traduit par Frédéric Grellier), 411 p. - 6,95 €.
 Rebus et le loup-garou de Londres (traduit par Frédéric Grellier), 349 p. - 6,50 €.
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