Après une très belle préface de Marcel Moreau, le recueil s’ouvre sur une hargne, un peu convenue, envers le lecteur critique (que l’auteur compisse, qu’on se le dise !), lecteur vu comme ronde face de lune d’une cible à fléchettes, comme figure béotienne idéalisée qui, face au livre "sacré" de l’auteur, roulerait les yeux ronds d’incompréhension d’une poule ayant trouvé un briquet. Or ces poèmes, ces stances sentencieuses n’ont rien d’incompréhensible. C’est de la poésie, du moins, ça en a la posture (juste ce qu’il faut d’hermétisme, quelques mots savants pour étayer l’inaugural dédain voué au lecteur). Style : ronflant (ça ronfle et ça verbe jusqu’au gerbe dans la fallacieuse lumière). Thématique usuelle : amour, mort, sexe, manque, folie. Permutabilité des mots : à volonté.
Ce n’est pas qu’il n’y ait de belles phrases ; il y en a. Ni que certains poèmes ne sonnent plus vrai que d’autres ; il en sonne : voyez "Direction de mes Pas", page 50, ou encore "Lettre aux Psychiatres", page 52. Au milieu, page 36, on trouve même un petit manifeste ambitieux où on lit :
La parole actuelle, je veux dire la syntaxe, les sèmes, morphèmes existent pour servir la société de consommation capitaliste. Trop de mauvais livres prolifèrent telle une invasion de sauterelles affamées sur la beauté des champs de lys.
Mais la musique est sensiblement celle que pourrait faire le cliquetis d’un moule de fabrique. L’intensité ? La profondeur ? Diluées dans une verbosité qui fait bien, qui fait même très chic. Pourtant (page 20) : Ce temps verra l’achèvement de la Glossolalie.
C’est dit.
Oui, c’est de la bonne prose, mais à la fin, vous aurez peut-être à vous frotter les yeux de la poudre d’or nycthéméral ou de sang lunaire séché (si ce n’est de l’urine, donc) qu’on y aura jetée.
C’est sans doute l’écueil principal de ce recueil de poésie - comme de V.i.t.r.i.Ø.l : les épousailles intimes du fond et de la forme, leurs empoignades qui sont l’un des motifs les plus puissants du plaisir du texte, n’ont pas lieu dans cette œuvre superficielle (nonobstant la thématique) ; une chaste distance les sépare, qui nous fait laisser l’ensemble là où il est : aussi loin de nous.
Arnaud Pelletier (1976-2005) est mort accidentellement, peu après la publication de ces deux ouvrages.
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