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 Dominique Drouin
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V.i.t.r.i.Ø.l - Mourirs vifs
  
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Le début de V.i.t.r.i.Ø.l. est prometteur, mais tous les débuts le sont, par définition.
Écrit avec une grande simplicité, une rigueur logique parfaitement lisible, concrète, où brillent parfois quelques perles de condensation poétique un peu sentencieuse (sur la révolte, l’injustice.. etc.), ce court récit est mené à la vitesse d’une esquisse.
Vous rencontrez Vanessa, jeune et belle. Puis Mélany, également jeune et belle. Et puis Vanessa meurt. Vanessa morte, Mélany avorte. Le tout sur toile de fond apocalyptique où l’on retrouve les motifs de l’art décadent (clin d’œil à Huysmans dans la décoration du loft de Vanessa). Car, entre temps, le livre ésotérique, le livre d’Héliogabale (clin d’œil à Artaud) convoité par Vanessa qui a dépêché le narrateur au Vatican où se trouvait l’objet, a été récupéré, traduit du latin et, alors qu’il était réputé ouvrir à la création, à la poésie et à la vie ardente, sa lecture a fait son œuvre de sape - puissance magique et maléfique du texte. Le repos de l’âme viendra alors dans l’Église !

Le scénario est donc un peu simple, porté par une voix narratrice, ce "vous", comme dans La Modification de Butor à un accroc près, mais un accroc qui dit tout :
Vous profitez de son sommeil pour descendre à la cabine téléphonique de l’hôtel et téléphoner à Vanessa : "Allo, c’est Arnaud.."
Car ce "vous", eh bien ce n’est pas vous : c’est l’auteur lui-même. C’est, dirons-nous avec indulgence, le "je" dédoublé pluriel.
L’imagerie sera alors vue comme témoignage naïf d’un monde intérieur fantasmagorique, lorsque la trame narrative linéaire, chronologique, l’écriture concrète le contraignent et fonctionnent, elles, comme de vrais garde-fous.

Au bout du compte, l’objet est d’une neutralité qui défie le jugement, c’est un croquis, une chose légère sans qu’on puisse vraiment parler d’insoutenable légèreté (même si le livre, pourtant poids plume, nous tombe parfois des mains). Ça cuisine avec le malsain, mais pas trop, dans une recette alchimique déjà bien connue où les ingrédients (sexe, ésotérisme) ont été depuis longtemps fédérés par la psychanalyse.
Ce "vous" qui essaie de vous impliquer, disons-le tout de suite, n’y parvient guère. La plume d’Arnaud Pelletier s’insinue peu, glisse le plus souvent sur celles de nos consciences de lecteur. Elle ne corrode rien en nous. Il faut prendre ce récit, oui, tout au plus comme un témoignage.

Sur les textes qui suivent - Mourirs vifs - tout l’effort de lecture consiste à se défaire d’un tentant regard d’assistant social. Sans fioriture aucune, des fragments autobiographiques sont ordonnés selon une séquence simple : rencontre amoureuse - amours défuntes - hospitalisation. Sortie, enfin, par l’écriture et la mort de la mère haïe. Avoir vécu des séquences asilaires ne suffit pas à être Artaud. Même si, bien sûr, ça ne suffit pas à ne pas l’être.

On notera au passage quelques segments de phrase bien sentis comme cette misère ruisselant un or incompréhensible pour qui ne l’a pas goûtée. On notera encore la valeur documentaire de l’ensemble, car, pour ce qui est de retrouver les Filles du feu en Vanessa, Aude ou Ninon, il vaux mieux se replonger dans Nerval (même si ces filles-là en sont plus proches, sans doute, que de celles de Morand des Tendres Stocks). Ce nouveau Romantisme est un peu comme ce qu’on appelait naguère la Nouvelle Cuisine : pour bien le voir, il vous faudra chausser des loupes. Anachronique, oui, le Romantisme a été dépecé, et présente désormais le seul à-vif de sa chair psychologique où la mélancolie n’est plus que dépression.



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Dominique Drouin, le 2 décembre 2005 - article2090.html
Arnaud Pelletier, V.i.t.r.i.Ø.l. suivi de Mourirs vifs, Caméras animales, avril 2005 - 12,00 €.
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