De l’ordre du journal, de l’observation météorologique de la vie, Putain de froid sec aborde le réel par ses humeurs, ses averses, ses contretemps fluides. De l’ordre du conte, certaines pages ne sont pas sans rappeler le Daudet des lettres de mon moulin, par ce rapport entre ironie, humour et tendresse qui rétablit une juste relativité dans les actions humaines. De l’ordre de la nouvelle, l’ouvrage saisit des instants, instantanés, s’écartant de tout cliché, avec un sens aigu de la composition. L’image, impressionniste souvent, est de haute définition ; le cadrage, toujours précis dans les moindres contours.
Que soit évoqué Mai 68, ou bien que soit décrit une partie de tennis interrompue par la grêle, le style, incisif, nous place au cœur du lieu, et nous subissons toute intempérie comme autant de symboles qui viendraient bousculer l’ordre des choses. C’est le temps, avec sa fantaisie, qui rompt la monotonie du présent ; c’est lui qui distribue les jokers dans une partie de cartes trop bien ordonnée. Il suffit d’un coup de vent pour balayer les certitudes, de trombes d’eau pour faire rompre ce qui semblait pourtant si bien trempé. De l’écoulement du temps découlent les ruptures, les précipitations vers ce qui est incalculable. Et c’est par l’imprévu que naît le spontané, par le spontané que jaillissent l’authentique et ses ombres.
Jean Libis est un météorologue avisé, non tant en raison de ses prévisions, que par les constatations que lui suggèrent les variations plus ou moins brutales du temps. Cette hypersensibilité à la température des jours se retrouve dans ses mots qui, de ce fait, ont la chaleur d’une fin d’été, la fraîcheur automnale, aussi. La vie s’écoule dans les thermomètres ; l’aiguille des baromètres indique le temps qui passe dans le sablier du regard...
Entre le sec et l’humide, l’auteur devient ainsi philosophe : Aujourd’hui, vous guettez assidûment le bulletin météorologique. On y entend parler de pluies probables : quelque chose en vous se dénoue, vous respirez. Pourtant les chats eux-mêmes ont l’air de déserteurs : il est plus tard qu’on ne le pense.
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| Jean Libis, Putain de froid sec Editions du Rocher, janvier 2005, 104 p. - 11,90 €. |
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