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Poches
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En 1629, le Batavia, navire de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, s’échoue sur un récif des Houtman Abrolhos, un groupe d’îlots de corail situé à quelque quatre-vingts kilomètres au large du continent australien. À peine sauvés de la noyade, les trois cents rescapés subissent la tyrannie d’un des leurs, un psychopathe lâche et sanguinaire qui, aidé de quelques séides, se charge de les massacrer froidement afin de se maintenir au pouvoir. En son temps, la tragédie du Batavia frappa l’imaginaire du public plus encore que ne pourra le faire le naufrage du Titanic au XXe siècle, rappelle Simon Leys, l’auteur de ce court récit.

À l’origine de ce drame : Jeronimus Cornelisz, un ancien apothicaire d’une trentaine d’années fraîchement embauché par la compagnie. L’homme s’embarque afin de fuir la justice qui risque de le poursuivre en raison de ses liens avec le peintre Torrentius, lequel vient d’être arrêté, torturé et condamné pour crimes d’immoralité, de satanisme et d’hérésie. Signe du destin, le voyage du Batavia commence mal : parti pour Java fin octobre 1628, il rencontre dès le deuxième jour un violent coup de vent qui le fait s’échouer sur un banc de sable. Après six mois de navigation, Jeronimus Cornelisz commet son premier forfait. Grâce à son éloquence et à sa force de persuasion, il met au point une mutinerie à l’aide d’une douzaine de complices à qui il a fait miroiter le fabuleux trésor que transporte à son bord le Batavia.

Le naufrage du navire sur des récifs de corail, dans la nuit du 3 au 4 juin 1629, à la suite d’une erreur de navigation, ne lui laisse cependant pas le temps de mener à bien son plan. Après une période de chaos, les survivants parviennent à rejoindre un petit archipel.
Si les rescapés du Batavia avaient su s’organiser et exploiter les ressources des deux grandes îles et du lagon, ils auraient pu jouir là d’une paix qui ressemble assez au bonheur, explique l’auteur qui a séjourné sur les lieux du drame. Mais c’était sans compter sur la cruauté de Cornelisz qui prend rapidement la tête des naufragés et instaure un régime de terreur. En trois mois, il parvient en effet à massacrer les deux tiers des rescapés, n’épargnant ni les femmes ni les enfants... Un bain de sang qui ne sera interrompu que grâce au courage d’un marin parti chercher du secours.

Malgré le grand potentiel romanesque du sujet, Simon Leys se contente de livrer un récit très factuel qui s’étend sur à peine quatre-vingts pages. Pourtant richement documenté - l’auteur s’en explique dans son propos liminaire. Après avoir étudié le naufrage du Batavia pendant près d’une vingtaine d’années et repoussé sans cesse son projet d’écriture, il s’incline en 2002 lors de la parution de L’Archipel des hérétiques, de Mike Dash. Cet auteur-ci a vraiment mis dans le mille, et il ne me reste plus rien à dire, regrette Simon Leys, renvoyant ses lecteurs à cet ouvrage dans son avant-propos qu’il a d’ailleurs intitulé "Le livre qui ne fut pas"... Alors pourquoi l’avoir écrit ?

Le second volet du livre, Prosper, un texte de jeunesse de Simon Leys, est quant à lui d’une tout autre veine. Vibrant hommage à la mer, il y relate son embarquement pour la durée d’un été sur un thonier breton. Malheureusement, le récit ressemble davantage à une rédaction scolaire qu’à une nouvelle et présente peu d’intérêt, si ce n’est pour l’auteur lui-même. Pas vraiment de quoi sauver l’ensemble du livre du naufrage...



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Charles Dupire, le 1er décembre 2005 - article2084.html

Simon Leys, Les Naufragés du Batavia suivi de Prosper, Seuil coll. "Points", avril 2005, 125p. - 5,00 €.

Première parution : Arléa, juin 2004, 125 p. - 15,00 €.

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