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Poches
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On ne présente plus Katherine Neville dans les colonnes du Littéraire. Auteure phare du célèbre et apprécié Le Huit, cette romancière américaine qui semble avoir eu plusieurs vies (mannequin, photographe et consultante internationale en informatique : tous les chemins méneraient-ils donc à l’ecriture ?) ne fait pourtant pas l’unanimité auprès du public et de la critique. Ici même brocardé naguère, son premier roman, Un risque calculé, était il est vrai des plus fades. Restait à savoir donc si son troisième opus, dix ans après Le Huit, mérite d’être lu.

Le cercle magique nous présente ainsi les exploits ultra-féministes d’Arielle Behm, une jeune experte en sécurité nucléaire qui hérite de son cousin Sam un mystérieux manuscrit écrit en runes, et conservé par son incroyable famille (richissimes Afrikaners, cantatrices sulfureuses, violonistes de génie, espions...) depuis plusieurs générations. S’enchaînent alors les péripéties car nombreux sont ceux qui veulent faire main basse sur le précieux document, y compris certains membres de son milieu familial qui s’obscurcit et se complique au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture. Bref, une mise en parallèle de deux histoires sur le modèle du Huit sauf qu’affleurent de temps à autres de vagues relents érotiques.
Comme si ça ne suffisait pas, l’héroïne doit découvrir la vérité de ce texte en faisant quasiment le tour du monde (San Francisco, Moscou, Vienne, Paris, l’Autriche : tout y passe), échappant ici à une avalanche en volant dans les airs comme Gromit, couchant là avec un don juan de magazine (de dentiste), revisitant au passage deux millénaires d’histoire mondiale et de croyances - attendu que le sulfureux manuscrit est lié à l’existence d’un trésor : des reliques en relation avec la naissance du christianisme - l’idée principale étant que plusieurs objets sacrés auraient été cachés après la mort du Maître(Jésus) - que le IIIe Reich en son temps et le Moyen-Orient de nos jours cherchent à s’accaparer.
Un « cercle magique » bombardé sous tous les angles polysémiques dans cet épais thriller qui sent la poudre aux yeux et a bien du mal à camoufler la confusion de l’ensemble, témoin ce passage peu crédible où un des personnage, Dacian, raconte sur dix pages l’histoire d’Alexandre le Grand et du noeud gordien à Arielle, une ficelle de plus...

Sous prétexte de concocter un récit ésotérique et épique, le suspense de départ se dilue sous la multitude de personnages hauts en couleur : Tibère, Salomon, Jésus, Ponce Pilate, Caligula, Genghis Khan, Alexandre le Grand, Adolf Hitler..., le roman, aspirant à un crpyto-syncrétisme des mythes grecs, romains et juifs, part dans tous les sens en se donnant pour pivot un lourd arbre généalogique qui plombe très vite l’ambiance.
Autant dire qu’on croit rêver lorsqu’on lit sous la plume de certains critiques que ce livre peut être placé dans « la lignée des romans d’Umberto Eco et de Iain Pears ». S’il est vrai que le scénario promène le lecteur de la Jérusalem du début de l’ère chrétienne à l’Urss de Gorbatchev, en passant par la Vienne nazie, la trame new age s’effiloche la moitié du livre atteinte : on ne sait pas en définitive de quoi sera fait le nouveau millénaire qui approche pour Arielle Behm, mais une chose est certaine : cette énième conjugaison du thème du Complot à la fin en eau de boudin qui puise ses bonnes feuilles (historiques) dans l’Encyclopédia Universalis - il faut bien qu’elle serve à quelque chose , notez bien ! - et qui n’est ni roman historique ni techno-thriller mais un mixte inassignable, donne furieusement envie de relancer la mode des autodafés. L’évolution sociale le prouve tous les jours : chacun brûle ce qu’il peut.



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Frédéric Grolleau, le 13 novembre 2005 - article2042.html
Katherine Neville , Le Cercle magique , trad. de l’anglais par Gilles Morris-Dumoulin, Pocket, 2005 - 8,60 euros. 1ere éd. Le Cherche Midi.
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