Les romans de Philippe Djian fondent dans la bouche. Djian a une patte, un ton, une voix familière, réconfortante. Il nous offre des mondes où les filles sont trop belles, où les hommes boivent trop, où les familles se ruinent. Mais chez Djian pas d’esclandre, pas de scandale ; la vie est à prendre comme elle est, on ne s’étonne plus de rien ni des adultères, ni des trahisons ; on est humain, tendrement faible, inexorablement pathétique.
Frictions, beau morceau de vie, narre le parcours d’un homme en cinq séquences, à cinq périodes charnières de sa vie. Enfant, jeune adulte, trentenaire, quadra puis presque sexagénaire ; le narrateur laisse dérouler le film, bien huilé, d’une vie qui, jamais, ne chasse ses vieux démons.
Il y a ce père absent, qui abandonne sa mère, femme perdue aux mœurs légères et son fils, qui grandit trop tôt, contraint de prendre soin d’une femme brisée, d’être un peu le père de sa mère.
Elle est possessive, excentrique, volage, belle, elle collectionne les amants sans jamais permettre à son fils de couper un cordon qui l’étrangle en plein vol.
Le jeune garçon, devenu homme, s’amourache vite mais jamais ne s’attache, et il revient toujours à ses premières amours : sa mère à qui il promettait au début du roman comme une prophétie : Je te quitterai jamais.
Marié sans trop y croire à une femme qui meurt sans que cela semble bouleverser sa vie, il a une fille, Lili, qu’il couvera excessivement.
Mère comme fils ne se casent pas, rattrapés sans cesse par les ombres d’un passé qui leur a ôté toute chance d’y croire.
Dans cette relation œdipienne, complexe, au cœur d’un amour exclusif qui ne se partage pas ; Djian joue, sans fausses notes, l’air d’existences broyées trop tôt, trop vite, par les lâchetés adultes et paternelles. Et puis Djian a ce charme fou des auteurs beatniks américains, un peu comme Kerouac, il sait nous transporter dans ces atmosphères moites et tendres, ces lieux baignés de lumière, où personne ne surjoue, où sans être ni héros ni looser, on peut être, furieusement, vivant.
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